jeudi 8 septembre 2005

PIRANESE – PRISONS IMAGINAIRES


Giovanni Battista Piranesi (1720-1778), dit Piranèse, est d’abord un architecte, mais dont l’habileté déborde du champ de sa profession pour s’étendre à toute une gamme de techniques et de métiers. Il maîtrise le dessin à la perfection, et possède les règles et la pratique de l’ingénierie et de la géométrie. Son désir de révolutionner la ville de Rome, de la moderniser selon des projets grandioses, se heurte à une société qu’il juge inepte, incapable de reconnaître la grandeur de sa pensée, et qui lui rend son mépris : ses contemporains le catégorisent comme un exalté, n’ayant ni le sens de la réalité ni le sens de la mesure (un comble !). Piranèse reste avant tout un visionnaire : chaque démonstration scientifique endosse une valeur métaphorique. Science et inspiration ne font plus qu’un.

Si les oeuvres (principalement gravures et eaux-fortes) de Piranèse sont magistralement exécutées, sa série des Carceri d’Invenzione de 15 ou 16 planches (Prisons Imaginaires) s’amuse avec la perspective, de sorte que la logique s’en trouve chamboulée, rendant des visions floues. D’aucuns prétendirent d’ailleurs que Piranèse avait « fumé » pendant la période des Prisons. C’est possible ! Je me suis attelée à reproduire aussi fidèlement que possible ces Prisons au feutre. Puis, sur ce thème, j’ai écrit un poème.

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Depuis longtemps nous avons pour cellule
Un cul-de-basse-fosse au fond d’un ergastule :
Nous vivons cette galère et notre détention
En s’évadant le soir pour apaiser des tensions.


Dans nos rêves de bagnards sans forteresse
Les gardes-chiourmes ont de bien fortes tresses,
Des gros bracelets d’argent en guise de menottes.
C’est à l’ombre que ces filles nous chuchotent


Des lendemains de cavale où nos pénis tant sciés
Au fond de cette bâtisse, notre pénitencier
S’évadent un peu, et comme des barreaux en fer
Se raidissent comme les verrous de notre enfer.


Parfois, dans les geôles, on s’émoustille :
On s’imagine ce gnouf devenu notre Bastille
Se muer en liberté. Ô comme nous la prisons,
Cette douce évasion, bien loin de la prison !


Au firmament de l’Enfer-me-ment, la maison d’arrêt
N’est que de la tôle, finalement : un monde à rêts
D’où l’on ne fuit jamais. Notre seul registre d’écrou,
Se compose d’une grille, d’un cachot, d’un sale trou.

9 commentaires:

cheubloh a dit…

comment que c'est super chouette !!!! ça donnerai tpresque envie d'aller en prison......

bleizdu a dit…

C'est toi qui a fait ces magnifiques reproduction !! Ben dis donc ...
C'est vrai que les génies visionnaires sont toujours pris pour des fous par leurs contemporains, la preuve tout le monde me dit que je suis taré !! En fait dans 200 ans, je serais un génie !!!!!

blang a dit…

Mais dis-moi, tu as de multiples talents!

Chrixcel a dit…

ch'blo > ba ça alors, à ce point là ! ces compositions sont esthétiques, et issues d'un esprit délirant, mais je crains que l'actuelle architecture carcérale donne envie de se tirer une balle plus qu'autre chose, hélas...

bzu > mais bleizdu, tu ES un génie ! Tous les fous sont géniaux.

blang > j'adôôôre scribouiller, dessiner, chanter, écouter, masser, (cuisiner pas trop), créer, critiquer, lézarder, pioncer, rêver, acheter, et j'en passe et des meilleures !

Cheubloh a dit…

une femme qui sait tout faiiiiire................c'est fort rare :D

diane a dit…

De multiples talents en effet :)
Tes dessins sont magnifiques.
T'as du passer des heures, dessus !!

Oken a dit…

Peut-être qu'il se sentait lui même prisonnier ? Limité ou coincé dans son cerveau d'une certaine manière. Une forme de folie (qu'on nomme ainsi ou non suivant ce que le gars choisi entre le pinceau et le couteau).

Chrixcel a dit…

> diane : ça prend un peu du temps en effet;) ces dessins ont tous été faits il y a dix ans (en pleine adolescence)...je restais parfois des heures enfermée dans ma chambre à dessiner des tas de trucs, c'est assez symbolique, mais j'avais que ça à faire...

Fixounet d' amour a dit…

Joli texte. etant friand de jeux de mots, je dois avouer que ce petit poème est bien écris (je me sens d' autant plus obliger de le dire si c' est une oeuvre d' adolescence... attention: cela ne veut pas dire que je n' aime pas; bien au contraire)!
En ce qui concerne les prisons imaginaire... Que dessineriez vous si le monde dans lequel vous vivez ne vous comprend pas au vous place au banc de la société? Incompréhension, enfermement sur soi, fermeture sur le monde... Autant de chose représentés en gravure! Ou alors il pensait avoir trouvé la solution contre la criminalité!