jeudi 15 septembre 2005

FIGURES DE STYLE CANIN


Attention, pièges ! Tous les mots bizarres ne sont pas forcément des figures de style !

Deux pimbêches, Lola et Loulou, avaient pour intention concomitante d’enrouler la laisse de leurs dogues à taches, en vérité leurs godes à chattes – puisque dog = god -, au même panneau. Les deux greluches refusaient d’en démordre : c’était à savoir qui, du dalmatien ou du barzoï, coifferait l’autre au poteau. Elles en vinrent très vite vers les insultes et sur le vif du sujet.

- Mais enfin, espèc’ de connasse anacoluthée, t’es pas finie ou quoi, de te fout’ de ma gueule ? apocopa Loulou. En cet instant éphémère ses lèvres carnassières semblaient vomir des molaires : son clapet de six dents était en scie et dissident.

- ‘Coute bien, et arrête ton hypallage, sale carne, de « bons sentiments ». Où tu vires ta cucurbitacée de mon chemin, où tu prends une antonomase et je te ratiboise, fit Lola en guise d’aphérèse.

- Sale tmèse, t’as de l’emphase mais ta métalepse manque d’assonances, grinça Loulou.

- Assonance, assonance, je vais t’en sonner moi, et pi dans ta face en plus !

- Alors là, tu métonymies, petite raclure de pelle à chiotte !

- Hystéron permanenté ! éructa Lola.

- Oxymore ! c’est le nom de mon chien et quand je l’appelle y mord ! aboya Loulou.

De fait, le complètement barzoï de l’hystérique Loulou s’empara de la cheville molle de Lola la raclure et lui dévora l’astragale dans un véritable croc-en-jambe. C’était pas l’hyperbole… Lola hurla, trépigna, gesticula, s’offusqua comme une coquecigrue neurasthénique. L’autre arborait une litote en guise de moue. Une fois son souffle à peu près repris la mordue ahana, furibarde :

- Synecdoque ! Araignée au plafond ! Petit vélo ! Gros cul ! Tautologie de mes fesses !

- Ah ben là ma vieille c’est toi qui l’as dit ! gros cul et toi ça fait deux, et aussi un tas de saindoux ! Ca, c’est pas hyperbate…

- Tu mériterais des tropes ! Je te jure zeugma que tu l’emporteras pas au paradis ton clébard, menaça Lola.

Et, ce disant, elle planta son talon aiguille dans la tête du dalmatien. Bilan : occis, mort. En voilà une belle syllepse !

- Bah tu vois, s’époumona Lola avec emphase, t’as choisi le nom idéal pour ton clebs, niark niark !

- Au secours ! J’ai besoin d’anaphores ! Vite, des métaplasmes ! rugit Loulou. A ce moment tragique, elle était l’allégorie de la colère, gesticulant rageusement ses mains dans tout le sang pour stopper l’hémorragie dalmatienne.

- Ah là là c’est la catachrèse ! quelle catachrèse !!! barrit l’autre, ironique.

- Euphémisme ! Mais attends, tu vas voir, j’ai plus d’une antanaclase dans mon sac.

Là, elle saisit son parataxe et entreprit de frapper frénétiquement et de métaperphorer le corps du barzoï de sa rivale, si bien qu’on ne voyait plus qu’un chiasme rouge sur le bitume. Le chien mort est à sa maîtresse ce que le chien chaud est à la détresse. Loulou frappa, frappa avec obsécration et vigueur, comme atteinte d’antithèse.

Un hypotypose, gendarme de son état, tenta d’interférer mais trop tard. L’allitération se propagea en torrents d’hémoglobine, le gendarme asyndèta, antiphrasa, paronyma dans une gradation de moyens et d’efforts pour semer l’ellipse dans cette terrible querelle de paronomases paranormales. Son clapet lui fut rabattu de périphrases peu flatteuses proférées par les deux ornithorynques aux becs acérés, et il évita de justesse les fausses caresses des deux tigresses en sauvant ses fesses in extremis de leurs laisses vengeresses.

*

Pour la petite histoire, Hergé s’est bien amusé avec son personnage du Capitaine Haddock en lui faisant s’exclamer dans un album de Tintin : « Oxymoron d’anadiplose épitrochasme de métaplasme d’isolexisme zeugma ! » . Pour ceux que ça amuse, ses célèbres quolibets sont même répertoriés par les tintinophiles sur leurs sites (très nombreux !).
En voilà un « ad hoc » :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_insultes_du_capitaine_Haddock

On trouve des exemples savoureux de ces figures donnés avec humour par Gilles Schlesser, en lien avec la pub, ici :

http://www.e-dito.com/content/essais/amphigouri.asp?id=58

Et enfin, pour retrouver le plaisir de ces figures de style il faut lire "Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?" de Georges Perec.

8 commentaires:

diane a dit…

Très bien écrit, et tellement drole à lire :)
Moi aussi j'ai un petit faible pour les injures du capitaine Haddock. Quelle culture chez ce marin ..

bleizdu a dit…

Joli, joli ce petit texte !! On imagine déjà la scène !!! Et surtout la tête des passant curieux entendant un tel vocabulaire !!!! Il faudra inventer un décodeur-traducteur pour une forte majorité qui n'y comprendra pas un traitre mot !!

Oken a dit…

Va falloir que je lise ça tranquilou, ça a l'air bien, mais je suis pas assez réveillé, et le périmètre n'est pas assez sur pour me le permettre pour l'instant.
I'll be back.

Chrixcel a dit…

C'est ça qui est le plus drôle : ne rien comprendre et essayer de décrypter cet étrange language...qui est pourtant du français :D

dark2 a dit…

Un véritable jeu de pistes, ça doit être si amusant à l'écrire ^-^. Faut que je révise mon latin !

blang a dit…

Voici un texte qui fait un peu écho au mien. Il faudra que je le relise avec mon dico. Là je suis à mon lycée.

Chrixcel a dit…

Dark > Oui, comme tu dis, c'est le pied à écrire !

Blang > C'est justement ce que je me disais :P. Pour lire ton texte et le mien, il faut un dicodeur.

Oken a dit…

C'est royal canin aujourd'hui, ça plus Barry Troppeur Troua.
Quand je vois ce film, je me sens des dons de vision dans le futur tellement c'est cousu de câbles blancs et prévisible.