mercredi 4 mars 2009

QUAND LA MORT S'AFFICHE

En histoire de l'art, les memento mori ou les natures mortes sous forme de vanités sont un rappel du caractère transitoire des plaisirs de la vie. Ces questions philosophiques se retrouvent à travers les âges et dans l'iconographie contemporaine (publicité, mode et arts), qui décline la tête de mort sous une multitude de formes dans une symbolique commune. Ce qui me fascine c'est l'ingéniosité des artistes illusionnistes qui se jouent du subconscient tout en créant un effet visuel étonnant. Le graveur hongrois Istvan Orosz a donné dans ses illustrations toute la mesure de sa maîtrise du trompe-l'oeil. Dali, Zurbaran, Charles Allan Gilbert et bien d'autres, on travaillé sur des illusions d'optique incluant des crânes (voir ci-dessous).
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On retrouve de façon récurrente des jaquettes de films d'épouvante basées sur le même principe. L'affiche de Terminator montre un plan aérien d'une ville faite de composants électroniques à l'image des robots qui l'exterminent à petit feu. The Descent est un calque de la photo de Dali dont l'installation savante de corps humains repliés forme un visage. The Ferryman ("le passeur") met en scène un bateau "nasal" sur front de mer brumeux. The Chill ("coup de froid") affiche les hublots orbitaux des portes, tandis que The Cavern reprend l'aspect troglodyte de notre os creux. Sur l'affiche de Shrooms (abréviation de mushrooms = champignons) se profilent une truffe sombre et deux orbites fongiformes en contre jour avec un paysage lunaire. L'affiche de Pathology est une habile mosaïque de négatifs en clair obscur, là où Cabin Fever et Evil Woods jouent sur l'aspect touffu des feuilles et des ombres pour créer un visuel un peu grossier.

(cliquez +)

Ces affiches ont beau jouer de leur petit effet trompe-l'oeil pour appâter le premier clampin au rayon "direct to DVD", elles ne cachent pourtant pas un scénario souvent cousu de fil blanc ! Dans Shrooms, une bande de potes décide d'aller se perdre en pleine forêt pour se taper un trip aux champis version hallu qui tourne au glauque. Pour continuer dans le thriller forestier, une bande de potes (pas la même heureusement) loue une cabane dans les bois mais se retrouve nez à nez avec un ermite infecté d'une fièvre mortelle qui pourrit quelque peu l'ambiance dans Cabin Fever. Dans Evil Woods ("les bois maléfiques"), on retrouve tous les ingrédients du film d'épouvante pour prépubères avec bien sûr la clique d'ados qui picole de la bière, se raconte des histoires qui font peur autour d'un feu de camp, baise, fume du hash et se fait massacrer par un maniaque de la hache à l'accoutrement ridicule. Une autre bande, de spélélogues cette fois-ci, se fait trucider tout le long de The Cavern, par le mystérieux habitant des lieux. The Descent reprend exactement le même scénario mais avec un groupe de 6 femmes. Pas mieux dans The Ferryman, où un groupe de touristes embarque dans son yacht de plaisance un étrange et débonnaire vieillard rescapé de la dernière marée qui s'avère être un terrible meurtrier ! Dans The Chill, un écrivain raté se prend un job alimentaire dans une épicerie dont le propriétaire prétend avoir une maladie rare qui le contraint à vivre quasiment cryogénisé. Dans l'intervalle, deux prostituées sont portées disparues...un secret se cache derrière les murs glacés du lieu de son nouvel emploi ! Pathology semble sortir du lot avec l'histoire de cette bande d'étudiants en médecine déjantés qui décident d'inventer le crime parfait.

Comme on le voit, ce sont les thrillers et les films d'horreur qui donnent la part belle à la représentation de la mort sur leurs posters. Evidemment ça serait surprenant s'agissant d'une comédie romantique, mais ce qui m'a particulièrement intéressée c'est cette recherche dans la suggestion de la mort par l'image en reprenant le décor et le thème du film. Comme si, finalement, quels que soient les éléments du décor, le visage humain se fondait dans le paysage avec une adaptabilité étonnante. Tout ce qu'on a dans le crâne, tout de même, c'est dingue non ?

Et pour ne pas être en reste, je vous propose un parallèle avec mon billet sur Photograff Collectif, où l'on voit que les artistes de rue aiment eux aussi particulièrement jouer avec l'imagerie de la mort...

16 commentaires:

lydiel a dit…

T'aurais pas un goût prononcé pour les films d'horreur, style série B bien glauque sur les bords ? Moi j'aime bien les crânes dans les films de pirates et dans la peinture du XVIII. Le dernier vu : le peintre chinois Yan Pei-Ming dans "Les funérailles de Monna Lisa" au Louvre en ce moment.

henri a dit…

Il y a également les fameux crânes de Cristal qui ont fait beaucoup parler d'eux pour pas grand chose d'ailleurs, mais le résultat est pas mal ;-)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cr%C3%A2ne_de_cristal

Anbleizdu a dit…

Ah ces bons vieux slashers qui tournent tous autour d'un seul et unique scénario mis à toutes les sauces !!! Rien de tel pour se détendre !!! Vu le niveau des films il semble normal qu'ils bossent un peu plus sur l'affiche pour le rendre plus attrayant !!! En tout cas, la mort à toujours été un sujet important chez les créatifs et même chez les normaux !! après tout c'est la peur universelle, le dernier grand mystère !!!

Naya a dit…

To be or not to be...
Je te conseille également la chapelle de Kostnice http://www.kostnice.cz/ qui est vraiment très impressionnante et qui a servi de décor à certains films notamment l'incroyable chef d'oeuvre du nanan qu'est Donjons et dragons 2

Naya a dit…

Oups. Nanar je voulais dire.

FreZ a dit…

Mais d'où te vient cet intérêt que tu affiches crânement ? :)

P@sc@l a dit…

On apprend plein de truc avec toi et en plus ton style est tellement plaisant à lire !

Jolie collection illustrative...

Et pour ajouter au comm de Lydie, on peut voir un détail de l'oeuvre dont elle parle (Yan Pei Ming) ici :
http://commentdire.aminus3.com/image/2009-02-24.html

Biz

Juno a dit…

Mouarf, c marrant mais c toujours cette jacquette là que je prend quand je cherche un bon vieux film pourri…
Par contre je m'insurge, point de scénario pourri dans the descent !
C'est trop de la balouse flippante ce film non ?
Bon on avait peut-être abuser du whisky alors… ^^

cheubloh a dit…

Nous sommes donc tous vouer à aimer la mort...et les zombis dans tout ça ? :)

passantepensante a dit…

tu es écho de toi même crânes en graff, crânes savants.
même peur.
B.

10Fraction a dit…

As tu essayé les vitrages des églises, cathédrales, l'iconographie? Quelque part on doit pouvoir trouver un artiste pour qui la mort est le début et non la fin, un commencement et non l'horreur.Cet aparté mis à part (!), j'ai apprécié sur les premières affiches la créativité et la suggestivité très variée de l'impression donnée à travers ces affiches.

CedEm a dit…

Décidément on fait tous dans le macabre en ce momment!
http://cedem.aminus3.com/image/2009-03-08.html
Biz

paris-émoi a dit…

Joli parallèle avec le PGC !!
Je ne savais pas que tu étais experte en nanars d'horreur??

Céd a dit…

Salut

quel est le peintre qui a peint la
toile qui est a gauche de celle de Gilbert???

Cédric

Chrixcel a dit…

bjr ced, apparemment illustrateur anonyme, voir ce lien : http://www.archimedes-lab.org/skull_illusions.html

Céd a dit…

Merci Chrixcel!!!

Pour le lien c'est vraiment un théme qui me fascine...