lundi 23 juin 2008

CONCOURS : QU'ON COURRE !!!
Dans le cadre du 10ème concours des poètes, la Mairie du 2ème a organisé un concours avec pour thème "Eloge de l'autre". Ce thème a été défini avec comme commentaires : « (...)"Je est un autre" disait Rimbaud. Tout poème est une adresse à l'autre, une invitation comme le suggère Andrée Chedid, à sortir de notre " étroite peau "(...)». Il est précisé que "le thème est cependant laissé à la libre interprétation des compétiteurs".

Moi, forte d'un indécrottable esprit scolaire, je suis parfois comme le bachelier zélé, et j'ai à coeur de faire en sorte, lorsqu'on me "contraint" à un thème, d'éviter de me retrouver HS (hors-sujet/hors service). J'ai donc envoyé un poème qui colle désespérément au thème, que je ne reproduirai pas ici car en le relisant je suis forcée d'admettre que l'"esprit concours" ne me réussit pas. Ce texte est bien indigeste et je ne vous l'infligerai pas. L'objet de ce billet est surtout de vous faire réagir sur certains des textes qui ont été primés. Il y a un parti pris certain de ma part bien sûr, j'ai un sens aigu de la critique. Je suis allée à la remise des prix le 3 juin dernier : une centaine de poèmes environ ont été envoyés pour ce concours et ont, selon les dires des membres du Jury, donné du fil à retordre au vu de la qualité exceptionnelle des poèmes reçus. A la fin, on nous a remis un exemplaire du recueil de toutes les oeuvres, ce qui me permet d'en diffuser quelques extraits . Tout d'abord, le prix jeune poésie a été décerné à T. Meodour :

...........................L'autre

Tu est [sic] noir chocolat je suis blanche comme neige
et pourtant il n'y a que toi qui m'écoute
Tu n'as pas la même culture que moi et pourtant
Tu m'enrichis de tes pensées autres que les miennes
Tout nous sépare mais nos sentiments
Nous réunissent pour l'éternité
Jusqu'à ce que l'homme ne puisse plus réfléchir à ses actes

***

Sidérant, non ? Ils n'ont même pas pris la peine de corriger la coquille ! 1er Prix décerné à J.M. San Martin :

.................................................................Bibliothèque.

Dans la bibliothèque européenne
à côté de nous
quelqu'un s'assoit pour lire
avec l'odeur de notre grand père
mort récemment.
Lorsqu'il se lève pour partir
nous ne regardons pas son visage

***

Il va falloir qu'on m'explique où est l'éloge de l'autre là-dedans...car si j'essaie d'analyser un tant soit peu ce poème-là, je ne trouve rien qui se rapproche de près ou de loin à un éloge. Je m'interroge donc sur le bien-fondé d'un thème défini à l'avance mais librement interprétable. Je m'interroge également sur ce qu'est la poésie de nos jours si l'on tolère les fautes d'orthographe et qu'on n'en tient pas un peu compte dans le processus de sélection. De même, les phrases creuses sans aucun travail de réflexion ou de recherche musicale sont-elles à proprement parler de la prose poétique ? Autant lire un article de Télé 7 jours, c'est certainement plus instructif...mais ce n'est que mon avis et je suis peut-être soit (1) insensible à ce type d'expression, (2) immature, ou (3) tout simplement has been...? Je me demande pourquoi je me décarcasse à écumer les dictionnaires, faire des recherches de sens, essayer de trouver des images percutantes et inédites, lire mes poèmes à haute voix pour en tester la sonorité...quand je pourrais tout simplement me contenter de formules "blanches comme neige" et de lapalissades du type "tes pensées autres que les miennes"; quand je pourrais me limiter à trois pauvres phrases vaguement dramatiques et rafler un premier prix !!! Que le bon sens m'en garde bien ! Parce que si j'écrivais de telles inepties, j'espère bien que les critiques avisés que vous êtes sauraient me remettre à ma place. Dites-moi, ai-je tort de cracher sur cette littérature-là ? Ou bien n'ai-je rien compris à la poésie contemporaine ?

Concernant les autres prix ce que j'en pense, c'est que le 2ème n'est pas mal mais n'a pas grand chose à voir avec le thème suggéré, le 3ème est bien, les 5ème ex-equo, pas mal sans plus. Le tableau n'est pas si noir cependant, heureusement ! Je m'arrête sur le 4ème prix et vous comprendrez facilement pourquoi en le lisant c'est mon préféré et pourquoi c'est celui-là que j'aurais certainement primé en premier (malgré les coquilles et une ponctuation discutable) : un poème de Bernard Stimbre, qui avait d'ailleurs gagné un autre concours de poésie en 2007 (http://www.lapendulealenvers.com/index.php?ID=18). Bravo à lui !

.............................................Eloge de l'autre mort

Sa boutique d'euthanasie, c'est la mode du dernier cri.

La patronne Anasthasie, vend du laisser-passer hors d'ici.
Finissez de broyer du noir, des over-doses de désespoir,
Voici des bouillons de onze heures, qu'on peut prendre à toute heure,
Pour qui veut sa pipe casser, se payer le voyage aller.
Un instant de lucidité, privilège de sa liberté,

Voici des Indes le sati, des Japonais l'hara-kiri.
Nos fenêtres sont à guillotines et nos cartouches à chevrotines.
Et nous soldons toute l'année, sans carte de fidélité,
Pour faire passer vos enfants, offrez les jolis mistrals perdants.
Nous avons les barbies-turiques, si vous avez la fille unique.

Jamais cette vieille maison ne connut de réclamation,
Pas de cure aux funérailles c'est bien fini, c'est sur des rails,
Horaires-des-passages sous train fauteuils branchés sur 920.
Coup de blues, mauvaise ivresse, oublies (sic) vos feux de détresse,
Grands timides soyez lucides : offrez-vous donc un grand suicide.

Le Panthéon-des-désespérés vous fera enfin exister.
Prenez de l'avance sur le temps pour mourir de votre vivant.
Toutes nos lames sont de Tolède, notre cigüe vous rendra raide.
Si c'est pour un chagrin d'amour, le poison Borgia court toujours.

Sus aux faibles ecclésiastiques, aux pompes à fric thérapeutiques
Sachez bien tristes politiques, de ma mort je me veux le libre-arbitre
Pour être sûr de ne pas me rater, je me pendrai à un noyé !
Sa boutique d'euthanasie, c'est la mode du dernier cri.

La patronne Anasthasie, vend du laisser-passer hors d'ici.

***

A mon avis, parmi la centaine de poèmes, d'autres auraient largement mérité d'être distingués...mais les concours, c'est comme les élections présidentielles, au fond, on est toujours un peu déçu des résultats...


Bilan 2008 : http://www.printempsdespoetes.com/?rub=programme&page=78
Concours 2009 : http://www.printempsdespoetes.com/?rub=programme&page=53

Composition du Jury 2008 :

  • Donatella SAULNIER auteur, traductrice, directrice de l’association littéraire L’hippocampe associé.
  • Pierre BAURIN directeur de la Bibliothèque municipale Charlotte Delbo, Paris 2°
  • Harold DAVID, directeur artistique d’une « Saison de Lecture ».

lundi 16 juin 2008

STATUES K.O...

survol poétique de quatre statues parisiennes
***
J'ai eu le déclic en voyant le passe-muraille, sculpté par Jean Marais (1989), rue Norvins. Il s'agit d'une statue représentant le célèbre personnage de Marcel Aymé, Dutilleul. Des hordes de touristes s'enhardissent à toucher la main de la statue, j'ignore pourquoi. Disons qu'elle est facile d'accès. Il suffit qu'il y en ait un qui commence et la légende naît, d'un simple effleurement, usant et lustrant le bronze. Je ne vous présenterai plus Victor Noir. Sculpté par Dalou (1870), il fait le bonheur des agalmatophiles (nom donné aux individus qui éprouvent une attirance pour les statues). Lui, c'est son érection qui fascine les dames. La charmante penseuse au chapeau d'Andras Lapis (peu d'infos sur cet artiste hélas) se trouve devant l'Institut Hongrois rue Bonaparte et celle de Montaigne rue des Ecoles : avec lui, il paraît que les étudiants prennent leur pied aux exams...étrange, non, ces superstitions ?

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Silhouette oblongue sortant d'un mur
Pas une seule âme n'y murmure,
Lorsqu'à Montmartre on serre sa pince
Le Passe-Muraille a le rire qui grince :
Ses doigts grêles frottés de mains avides
S'usent au fil du temps qui l'oxyde...

*
Victor, pauvre gisant de bronze et de veines
Ton corps bleu est bien lustré au niveau de l'aine
Tes lèvres délicates luisent de baisers volés
Car des filles perdues te chevauchent, excitées :
Pour être fertiles elles lissent aussi tes pieds;
Esclave de leurs mains, c'est ta perpétuité !
*
*
Michel de Montaigne, vous avez bien écrit :
"Il faut limer et frotter sa cervelle à celle d'autrui".
Gageons qu'en lustrant si fort votre savant soulier,
Les étudiants de fac désireux d'y briller
Puissent cueillir un peu de cette intelligence
Qui semble tombée bien bas, malgré votre prestance !
*
*
Demoiselle au chapeau, que pas un vert ne grise,
J'admire ta posture si gracieuse et assise
A croire que tout ce corps est entier caressé
Par les mains baladeuses de passants enchantés !
Quelquefois j'imagine dans mes rêves interdits
Que tu attends là celles qui te donneront vie...
*

lundi 9 juin 2008

LUX EROTICA


Avec le concours du Studio Affects, je suis fière de vous annoncer, parallèlement à celle d'Artemisia (par NayaBé) et Anaheim Police District (I) (par Iguel), la parution de mon recueil de poèmes "oulipérotiques", intitulé LuX Erotica, et illustré par Rill-Ao. Sous forme de livret, LuX Erotica contient une sélection de 19 poèmes dont 18 inédits sur ce blog. Les commandes peuvent se faire via le site du Studio Affects (prix : 5€ dont 1,50€ de PAF). Les textes sont, comme vous vous en doutez, très fortement inspirés de l’Oulipo (OUvroir de LIttérature POtentielle) ! Le trait de Lisa aka Rill-Ao se situe quant à lui entre plusieurs influences, allant du manga à Hugo Pratt. Vous pouvez admirer ses superbes planches sur ses pages web Lisa ou Rill-Ao. Bonne lecture !

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mercredi 4 juin 2008

Tiens, étrange, une enseigne inachevée...(Paris XXème)

Grands : je m'y sens bien malgré mon mètre soixante,
Suprême : je la préfère en être qu'en civile accusante
Hommes : j'y suis sensible dans une certaine mesure...
Récréation : j'y joue encore mais en littérature !
Rois : j'aurais aimé y briller en costume...
Immeubles : parfois je sème leurs pavés de plumes,
Martiale : j'y militerais pour interdire les guerres
Cassation : je n'y condamnerais pas l'usage des vers
Miracles : je n'y traîne plus que des rêves perdus,
Comptes : j'apprécie plutôt celle des contes rendus !

mardi 27 mai 2008

De un à onze...

(six clopes m'étaient comptées...)



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Il est grand temps pour moi d'arrêter le pétUN
Qui me ternit le teint et me rend cafarDEUX
Alors je file chez un bon patcheur* montmarTROIS
Histoire de faire un peu rouler mon beau quatre-QUATRE
Sur le mur de la salle d'attente, je vois un sCINQue
Tout empaillé qu'il est, il n'a même pas d'aXIS
Accroché là, dans la position d'un tranSEPT
La peau aussi ridée que celle d'un vieil in-HUIT
Je vois que ce lézard n'a pas l'éclat du NEUF
J'aime pourtant sa couleur ; comme teint au sanDIX
Il garde néanmoins la patine du brONZE

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*Une petite pensée pour mes patchés préférés Tat et Francis. Courage, tenez bon ! Et un peu de vocabulaire c'est toujours bon à prendre dans ce monde où la culture physique prime sur l'intellectuelle (notez que je n'ai rien contre les chippendales, hein, à chacun son truc c'est tout;-) :

  • Pétun (vx) = tabac.
  • Cafardeux = déprimant.
  • Scinque = reptile africain ressemblant au lézard.
  • Axis = deuxième vertèbre verticale.
  • Transept = nef d'une église catho formant une croix avec la nef principale.
  • In-huit = format d'ouvrage dans lequel la feuille est pliée en huit.
  • Sandix = autrefois colorant rouge d'origine minérale servant de teinture pour tissus.

Edit de dernière minute

Je viens de découvrir qu'un article inédit d'Arthur Rimbaud, "Le rêve de Bismarck", publié dans le Progrès des Ardennes en 1870 sous le pseudonyme de Jean Baudry, a été retrouvé il y a un mois chez un bouquiniste ! Une polémique s'ensuit car certains détracteurs prétendent qu'il s'agirait d'un faux...pourtant, les spécialistes et exégètes rimbaldiens sont formels sur son authenticité ! Plein d'articles sur Google dont un assez complet ici : http://www.lunion.presse.fr/index.php/cms/13/article/127747/ Waw ! du rififi à Charleville, ça arrive pas souvent !!! En tout cas, les éditeurs d'oeuvres complètes du poète vont devoir réviser leur copie ! Une jolie révolution dans le monde de l'édition...

mercredi 21 mai 2008

UN ETE D'ETOILES


Dragons, graffiti ou chiffres, il y a certains symboles qui m'interpellent, je ne m'explique pas pourquoi. Est-ce un ersatz de pseudo spiritualité qui me prend parfois, à voir et chercher des signes partout et à les interpréter, ou bien une influence de la mode, ou bien encore de l'imagerie qu'ils véhiculent ? Je l'ignore, mais ce n'est sûrement pas un hasard si le mouvement symboliste, ses peintres et ses écrivains ont toujours eu ma préférence.

Parmi les symboles récurrents de ma garde-robe imaginaire et de mes ornements réels, l'étoile est souvent présente. Prédestiné ou non, le prénom Christelle contient d'ailleurs le suffixe "stella" qui signifie étoile en latin...Globalement, ce qui est plutôt pas mal, l'étoile revêt une connotation éminemment positive : une "star" serait donc une personnalité brillante (parfois en fait plus bling bling que big brain à mon humble avis); une *danseuse étoile* est une sommité dans son art, peut-être à cause de ses gracieuses pirouettes qui semblent donner l'impression qu'elle sème au quatre vents chacun de ses membres (cf. Degas, L'étoile); dormir *à la belle étoile*, c'est s'allonger sur l'herbe pour mieux contempler le ciel; on dit aussi, qu'*avoir des étoiles dans les yeux* c'est être heureux. En tout cas il y en a une grosse qui a refait son apparition récemment et qui a rendu le sourire et bonne mine à nombre de désespérés d'avoir eu un mois d'avril aussi gris...tout ça pour mieux disparaitre la semaine d'après ! Eh oui, le soleil est une étoile filante et capricieuse...Pourvu que la météo nous promette un authentique été cette fois-ci. Pour l'heure, arrêtons-nous encore sur les nombreuses utilisations de ce très populaire symbole dans les logos : je vous laisse le soin de reconnaitre ceux ci-dessus en cliquant sur l'image pour la voir en plus grand (en prime, un petit calligramme à ma façon).

mardi 13 mai 2008

CATARTISTES
photos by chrixel (c)
...
Samedi soir, avec une bande d'amis de Ludo, nous prévoyons d'explorer les catacombes non-officielles. Ces aventures interdites dans les bas-fonds m'avaient toujours intriguée. Nous y sommes donc. Après avoir parcouru un bout de la petite ceinture (ancien chemin de fer desaffecté autour de Paris)...
***

petite ceinture

...nous voilà devant un trou béant dans lequel, armés de lampes torches, d'un plan et de vieilles nippes, nous nous glissons subrepticement. Cela me rappelle un été où, adolescente, j'avais adoré mon périple de spéléologie. Nous marchons longuement sur un sol sablonneux, parfois trempés jusqu'aux genoux d'une eau claire provenant de l'écoulement des puits. Jusqu'à présent, j'ignorais l'existence de la communauté cataphile, et me voilà subitement plongée dans un univers fascinant. Car ces cataphiles parfois séjournent longtemps dans les entrailles de Paris, qu'ils soient punks, ado-prépubères en mal de frissons, troglodytes du dimanche, "touristes" en baskets, tous laissent une trace de leur passage dans ces lieux séculaires. Ainsi, il existe une "ktaliste" avec des groupes qui se connaissent entre eux, et qui pour organiser des fêtes sous-terraines éditent des tracts qu'il laissent trainer au gré des alcôves. Il y a des ossuaires mais nous n'avons pas visité cette partie-là. Les catacombes servaient autrefois de carrières, la pierre est poreuse et permet donc aux artistes underground de s'en donner à coeur joie.

Visages sculptés dans la salle du "Cellier"

Alu totale à "la plage"

Ainsi, ce lieu extraordinaire et dangereux est le haut lieu (ou devrais-je dire le bas-lieu) de l'art brut. Sculptures, peintures, mosaïques, il y a de tout là-dedans, et surtout hélas beaucoup de tags et quelques ordures. Pourtant la "charte" des vrais cataphiles est sans appel : il est de la responsabilité de chacun de ramasser ses déchets avant de sortir sous peine d'attirer les rats et les maladies...mais beaucoup ne respectent pas les lieux, ce qui est vraiment dommage. Mon grand regret est d'avoir également raté d'autres "salles" réputées spectaculaires. Chaque salle porte un nom, le plus souvent donné par les cataphiles eux-mêmes, en rapport avec l'oeuvre ou la particularité qui les caractérise. Par exemple, "la plage", appelée ainsi à cause de la présence d'une vague peinte sur tout un mur : je vous laisse deviner de quel graveur japonais elle s'inspire :

D'autres oeuvres d'art sont reproduites dans le "Cellier". Saurez-vous les reconnaître ?

Deux classiques
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Deux surréalistes
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Ci-dessous, "la chaumière", un endroit convivial où nous avons dégusté une fondue savoyarde (eh oui !) avec 3 cataphiles fort sympathiques qui étaient installés là et mangeaient leurs nouilles froides en sirotant du vin rouge.
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Des oeuvres plus "glauques" en noir et blanc :

Une grenouille et un Mesnager sont passés par là :

Nous sommes restés près de 7 heures à explorer ce labyrinthe. Mais le temps n'a plus cours dans ce lieu magique. J'avais l'impression de n'être pas restée si longtemps, et surtout, au retour, le fait de constater que j'avais encore beaucoup d'autres choses à découvrir ne m'a donné qu'une envie : y retourner !!! (et ce malgré les risques qu'une telle descente peut occasionner : hôtes peu fréquentables, police et amendes, accidents ou pertes dans les méandres de calcaire et de gypse...)

En attendant, 2 sites remarquables sur les catacombes : http://www.catacombes.info/, pour les photos. Le suivant propose un petit glossaire (http://catacombes.web.free.fr/Glossaire.html ) et un plan interactif le "fameux" plan Giraud : http://catacombes.web.free.fr/. Dans "visite virtuelle", cliquez sur la zone que vous souhaiter voir et sur le plan cliquez sur la zone cerclée : les photos et explications vous passionneront !

mercredi 30 avril 2008

Il y a quelque temps je vous faisais part dans un précédent billet de la construction d'une piscine rue Denoyez. J'avais alors imaginé toutes sortes de combinaisons possibles mais je n'avais pas pensé à celle-là : un "siestodrome" existe rue Taitbout (cf. article in Télérama - sortir)...et grâce aux Pages Jaunes j'ai pu identifier un otorhino rue des Belles-Feuilles, un architecte passage du Chantier, une société de ramonage rue Chaudron, un huissier qui s'appelle Pincemain rue Juge, une boîte de désinsectisation rue Papillon, quatre agences du pub rue Lamarck, trois boutiques de prêt-à-porter rue Mabillon, deux horlogers rue du Cherche-Midi, une entreprise de reproduction de clés (Cordoclés) boulevard Sérurier, une boutique de téléphonie qui s'appelle "Phone Pas Cher" rue du Cher et une quinzaine de médecins et un hôpital (Sainte-Anne), rue de la Santé. Entre outre, le siège de l'Association Nationale des Chasseurs de Gibier d'Eau (ANCGE) se trouve...avenue des Chasseurs !


Un jour il pourrait nous arriver d(e)...

Rester zen rue Affre
Aller au chaud rue Basfroi
Mandater un cartographe passage de l'Atlas
Catapulter le siège du PSG rue de l'Arsenal
Prévoir une session de rattrapage rue du Bac
S'emmerder rue Cambronne
Echarper un âne rue Bonnet
Demander du feu rue Briquet...
et écraser sa clope rue des Cendriers
Se passer un coup de peigne rue de Brosse...
et aller chez un coiffeur afro rue Barbanègre
Rouler des pelles rue Rataud
Se balader en fauteuil roulant rue Malassis
Gérer des dégâts rue des Eaux
Planter du maïs transgénique rue Biot
Calculer un géomètre rue de L'Echelle
Rédiger un pamphlet antispams rue de Lourmel
Installer un bac à sable rue des Arènes
Faire un Halley-retour rue de la Comète
Tourner un film de fesses rue de la Lune
Rencontrer un clown rue de la Boule-Rouge
Se prendre une balle en pleine tête rue Boulitte*


MAIS AUSSI DE

S'aveugler rue Véron

Appeler les pompiers rue Brulon

Recevoir un uppercut rue Bignon

Faire un croche-patte à un éclopé rue Boiton

Filer tout droit rue Tournon

Pousser des trucs rue Tiron

Rester brave rue Rampon...

(* bullit = balle en anglais)

Je profite de ce billet pour vous faire part de la toute nouvelle création aujourd'hui (par mes soins pour les photos et la mise en ligne^^) du blog La Galerie d'Aurélie, où vous pourrez admirer les oeuvres de la demoiselle éponyme, et de la mise en lien ici du blog Anti-Radins en réaction à la publicité d'un site de vente en ligne dont le slogan m'avait et vous avait fait réagir dans un précédent billet : "DEVENEZ RADIN". Admirons au passage le cran d'Atarax, qui prend de sacrés risques pour transformer les affiches dans le métro !
Ses nouveaux slogans : DEVENEZ CALIN, MALIN, LAPIN...à suivre.

mercredi 23 avril 2008

TROIS FINS POUR TAT
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Un blog c'est avant tout un espace interactif. C'est pourquoi quand Tat m'avoua avoir apprécié mon texte précédent mais avoir déploré une fin si tragique, j'eus l'idée d'en rédiger trois fins alternatives. Je peux tout à fait comprendre qu'une âme romantique ressente un certain désappointement à la découverte que derrière ce Néron se cache un vulgaire "floral killer". Alors laquelle préférez-vous ?
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*Poétique*

Sitôt pâmée, Rose émergea de vapeurs colorées,
Savourant la tendre sentence de son jardinier.
Après avoir effeuillé son corps et arrosé son pied
Il lustra ses pétales d'huiles, et sa chair nacrée
Prit un éclat essentiel : son coeur moussait
De mille fragrances, dont l'odeur dégagée
Avait la puissance d'un gaz délétère et moisi :
Empoisonné le Néron nu ne nargua pas la nuit.
Il trépassa. La rose repue raisonna en rebelle
Et trouva qu'elle était de loin la plus "éthernelle".
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*Polémique*

Le hic avec les mecs c'est qu'une fois qu'ils ont trempé leur tige il ne pensent qu'à trouver d'autres pots pour planter leur mauvaise graine. Et Néron, pour sûr, est un mec, et la naïve fleur blanche n'avait pas flairé le pot-au-roses, un comble ! Sa cueillette finie, le gougeat se dirigea vers la salle de bains, s'admira dans le miroir en bombant le torse et en se pétant quelques bourgeons au passage, puis sortit sans même un regard en arrière. Ouais, il aimait les belles plantes. Mais lui préférait l'ambiance "jungle" à celle de l'air du temps qui passe, il était pas du genre à s'éterniser auprès d'une fleur qu'il trouvait déjà fanée une fois humée. Parce que : qui dit jungle dit forêt, et qui dit forêt dit touffes, glands, et ça tire là où les satyres s'attirent : la flore, la faune et la foune. Il avait un projet vergétal des plus complets : décapuchonner des Capucines, engloutir des Eglantines, émarger des Marguerites, anémier des Anémones, faire jaser les Jasmines, violer des Violettes, enjamber des Angéliques, mettre les Hortenses hors tension, provoquer l'ire des Iris, véroler les Véroniques, égarer des Garances, bref, travailler (pour) des Prunes...Il n'excluait que deux espèces dans cet ambitieux palmarès : les cactées et les plantes carnivores. Se faire bouffer par une femelle, ça, jamais ! Surtout, pas se planter...et quand à se faire piquer, le plus tard sera le mieux ! Son annonce dans le courrier des métronautes était éloquente : "Vertes où mûres, j'aime toutes les belles gousses. Tu es piquante, mais pas trop, viens te cultiver avec moi : je suis le pote âgé qui te fera pousser des tournesols dans la tête. Car j'ai l'expérience de toutes les saisons. Si je butine le vétiver en hiver, je récolte les pivoines hébétées en été, et si je labourre les champs de friponnes en automne, je taille les filles de vingt ans au printemps. Pousser les nénés dans les orties, oui, me faire envoyer sur les roses, non ! Si pour toi la passion rime avec moisson, alors j'ai les effets de serre qu'il te faut." Le margoulin, avec un peu de chance, tombera sur une belle orchidée qui lui en fera voir de toutes les couleurs...
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*Politique*

Dans le silence d'une chambre d'hôtel, on entend de frénétiques "Hue ! Hue !..." Une fois son affaire ficelée, Néron laisse sa maîtresse se reposer et se rhabille à la hâte. Mais dans un mouvement précipité, il fait tomber un vase qui éclate en mille morceaux sur le sol. Néron n'a même pas le temps d'enclancher le pène de la poignée de la porte en catimini. Suite au bris de verre, la maigre et sèche Rose brusquement s'éveille et se met dans tous ses états :

"- Regarde-moi ce bordel, ce truc en crystal a vécu au moins cinq républiques ! Tu ne pourras jamais le remplacer !" En fait de crystal, la crise s'étale quand Néron réplique :
"- C'est quand même pas de ma faute si tu t'es tapé tant de présidents avant moi, eux ils avaient les moyens de te payer ta verroterie. Tu sais le salaire de ministre c'est une vue de l'esprit, moi je suis qu'un pauvre fauché...
- Fauché, ouais, tu crois pas si bien dire, souviens-toi du vase de Soissons...
- Est-ce une menace ? non contente de m'avoir fait perdre la tête, tu voudrais aussi me la faucher ?
- Je n'ai pas ce courage, mais cela mettrait peut-être un peu de "putsch" dans notre relation, qu'en penses-tu ?
- Je pense que tu as la folie des grandeurs. De nombreuses femmes tentent de faire tomber des têtes au gouvernement, en dépit d'un patronyme monarchique.
- Mon ambition n'est pas de rester toute ma vie pute de député...
- Pourtant ça fait 25 ans que tu couches avec eux et la démagogie; la seule chose que t'as réussi à faire c'est des bâtards...elle est dure, la balade, dure...
- Eh ouais, que veux-tu, les chiens font pas des chats. Et à ce propos maintenant que j'y pense, je suis enceinte. Je vais mettre au monde la fine fleur de la diplomatie...
- Et après, y se passe quoi ? Assez parlementé, je t'interdis de garder cet enfant. De plus je doute qu'il soit de moi.
- Brillant..." fit-elle, narquoise. "Un simple test ADN suffira pour prouver mes dires, mais on peut organiser un référendum si tu préfères : Rose doit-elle ou non tenir sa langue ?
- Tu pètes un câble ! je veux éviter tout scandale. C'est juste que ton plan me fait pas fantasmer, et je ne saurais tolérer un plan qui n'est point carré. Si ma femme sait ça elle me tue.
- On récolte ce qu'on a semé...nous naissons libres et égaux en droit, pfff foutaises ! je te tiens : où tu raffermis tes rangs et accepte de compter un partisan de plus dans ton sillage, où tu joues contre moi et t'as perdu ta campagne d'avance. Ca marchait peut-être avec Marianne mais là c'est moi qui tient la barre : autrement dit, tu chies, tu raques.
- OK, je capitule. Mais au moins Marianne a une qualité que tu n'auras jamais : quand son chat bande, elle masse". Elle rit et rétorque :
- Sénat porte coi !" Fin des (d)ébats.

Et hop, un peu de pub de dernière minute : je vais courir le lire mais en attendant, merci de diffuser autour de vous, les bénéfices sont intégralement reversés à une association caritative !

Livre Coeur de blogueurs


Recommandé par des Influenceurs

mercredi 16 avril 2008

V – Ode et aura

(La Rose au Néron)

Le matin, dans le bus, Rose lisait avidement la rubrique du quotidien gratuit Metro qui s'intitule "courrier du coeur". Les bluettes des métronautes étaient dans l'air du temps. Tour à tour touchante et ridicule, cette page distillait de brèves histoires de rencontres furtives, de déclarations à des inconnus croisés par hasard et de moments de doute, lorsque le transport en commun n'est pas forcément réciproque. Rose souriait à la lecture de certains encarts et se disait qu'un jour, elle aussi aurait peut-être quelque chose à écrire dans cette feuille de chou. L'instant arriva un soir sans crier gare puisque c'est à Austerlitz qu'elle fit une rencontre. Il s'était agi tout d'abord d'un voyage olfactif, à l'aune d'un bouquet au bout d'un quai. Un parfum étrange, mélange de pain d'épices, de patchouli et de safran, lui avait ravi les narines et elle s'était alors affolée : l'odeur se dirigeait vers le train Corail dans lequel elle s'apprêtait à monter. Rose s'engouffra dans le train le tarin dressé, tandis que, le train pressé, l'odeur s'engouffrait dans le tarin de Rose, puis dans le wagon, puis dans le compartiment pour finalement s'arrêter juste en face de la cible, assise à la place n° 5 : c'était un homme en habit rouge d'une quarantaine d'années.

A priori rien dans son allure n'inspirait quoi que ce fut de particulier, mais le charisme de l’individu l'avait faite littéralement saliver, de sorte qu'elle était restée en odoration devant lui. Il est de ces êtres que l'on "reconnaît" comme étant de notre monde ou de notre univers intérieur, sans raison logique, peut-être comme si une discrimination par le fantasme s'opérait insidieusement sans que nous en ayons totalement conscience. Rien ne pouvait alors expliquer ce sentiment d'attirance, de curiosité, d'empathie, de désir même pour l'autre. Ils parlèrent longuement, toutes distinctions odorifiques confondues. Tous deux se sentaient bien ensemble et c'est sans complexe aucun qu'il lui proposa d'aller dîner le soir même au sortir du train. Elle accepta, toutes obligations envolées, comme balayées par le magnétisme sensuel de son compagnon de voyage, quand elle réalisa soudain qu'il ne lui avait toujours pas dit son nom. Ils arrivèrent à leur destination, dans une petite bourgade au fin fond des Pyrénées et firent halte dans un restaurant qu'il avait choisi pour sa carte. Une fois installé, il lui dit :

"- Je propose le potage aux truffes en entrée, l'escalope panée en plat principal et de choisir un vin au pif.


- Très bien, tout me va. Mais dis-moi un peu, comment t’appelles-tu ?


- Truffes, pané et pif, tout ça nous permet d'entrer dans le vif du sujet. Je m’appelle Néron et je suis nez arôme. Loin d'avoir le caractère de cet illustre empereur latin, je suis plutôt le roi des rhinocéros (mon appendice n'est ni rond ni long, mais crochu). C'est drôle, toi tu as le nez retroussé, presque corps nu...c'est la première chose que j'ai remarquée chez toi."


Le Néron avait bien flairé la Rose. Elle répondit :


"- Peut-être sommes-nous nez coordonnés...et quelle est ta profession ?


- Justement, la forme de mon détecteur nasal facilite mon travail, un peu comme ces insectes dont la trompe s'abreuve au pistil des fleurs, car je suis parfumeur-compositeur. J'ai créé des fragrances pour Thierry Remugler, un déodiorant pour Christian, des parfums pour Azzarôme, Cacharelents, et j'ai contribué aux essences de Diezel...Mais pour moi, à l'instar du Grenouille de Süskind, nulle sudation n'a d'égale que celle de la femme : nulle eau n'est plus suave que celle de ses larmes, car l'émanation de son âme est aussi subtile qu'une effluve-fleuve de ses yeux.


- Tu me liquéfies sur place, je crois que mon siège est humide...je suis émue jusqu'aux larmes ! Je fume tes paroles comme l'opium, mais quel pouvoir as-tu donc sur moi ?


- Laisse-moi prélever ces gouttes suprêmes, dont le sel agrémentera ton parfum de rose...ce faisant, il sortit de la poche intérieure de sa veste une pipette et préleva un peu de liquide lacrymal.


- Je boirai ce doux poison plus tard, lorsque ta charmante tête reposera sur mes genoux. Maintenant, dit-il doucement, il me reste une dernière rose à cueillir, me l'offriras-tu ?


- Oui, mon loulou", déclara-telle, comme sous hypnôse...


"- Je te sang toute à moi..."

La langue est une traîtresse à double tranchant. Ainsi Néron prononçait des mots que Rose interprétait comme elle l'entendait. Quelques instants plus tard, ils se retrouvèrent allongés nus, dans une chambre d'hôtel qui sentait le musc.


"- Ô Néron, dis-moi des parfums ! Que t'évoque l'encens ?


- J'y sens tes sens en essences...


- Le jasmin ?


- J'y aspire tes mains !


- Et le romarin ?


- J'adore cet arôme à reins !


- Mimosa...


-... ce qu'à toi mon hymne osa ...


- L'ylang-ylang ?


- Je me languis de ta langue, ta langue est mon île et tu me la délies...


- La cardamome, l'aimes-tu ?


- Oui car dame, mon âme est démone !


- Verveine ?


- Je boirai tes vertes veines, mon trésor...


- Et la coriandre ?


- Mon corps y entre...


- Violette ?


- Vois, je viole ton être !


- Et le vétiver ?


- Source de faits divers, c'est l'éther qui vous fait toutes taire...


- Et la cannelle ?, fit-elle dans un soupir.


- Qu'elle canne !", lâcha-t-il dans un râle triomphant.


Et, quand la Rose fut pâmée par les vapeurs de l'éther, à cette ultime sentence, Néron trancha sa nuque. Ensuite, il effeuilla son corps avant de l'embaumer, et le vida tout entier de sa sève, qui s'écoula de ses veines ouvertes. Aryballes et alabastres, flacons d'huiles mystérieuses, furent remplis de tous les sucs de la morte déflorée. Puis il posa la tête coupée sur ses genoux. L'eau sauvage de ses yeux brillait d'un éclat diabolique tandis qu'il enveloppait le crâne cramoisi. Il baptisa son nouveau projet "Les sens de Rose"…pauvre Rose dont, malgré l’annonce de sa disparition, les restes ne furent jamais retrouvés. Rose la capiteuse décapitée gisait quelque part dans une terre infertile, et ne refleurissait qu'au creux du cou des femmes qui portaient son parfum secrètement délétère. Un parfum dont le succès fut redoutable et immédiat. Un an plus tard, dans la rubrique du cœur des métronautes, on pouvait lire :


"Gare Saint-Lazare, tu portais un habit rouge, de taille moyenne, la quarantaine, un parfum envoûtant rappelant fortement celui de la rose. Lorsque je t'ai vu, j'ai perdu la tête, depuis je ne pense plus qu'à toi. Je suis une grande tige blonde, la peau très pâle, un peu dure de la feuille mais si tu cries assez fort "Marguerite !" devant le monument aux morts, tu pourras m’y cueillir. Viens m'effeuiller jeudi 11, à 11 heures. Sois ponctuel, je ne prendrai pas racine".

Un sourire gourmand aux lèvres, Néron referma le journal, perdu dans ses pensées. Modeste, il songea à appeler son prochain parfum "Eau d'as"...

lundi 7 avril 2008

FRUIT DEFENDEUR


L’étymologie du mot avocat n’a jamais manqué de susciter une certaine curiosité chez moi, curiosité d’autant plus exacerbée par le fait d’en côtoyer et d’en consommer depuis un certain nombre d’années. Mon premier vient du latin advocatus, ad, à, et vocatus, appelé : littéralement « celui qui est appelé au secours ». Mon second provient de l’espagnol aguacate à son tour tiré du mot nahuatl ahuacatl, « testicule », en comparaison avec les formes du fruit et de l’organe. Ces homonymes parfaits acceptent donc deux étymologies radicalement différentes.

Pourtant, quelques analogies entre le fruit défendu dans les régimes et le « fruit défendeur » peuvent être mises en évidence. Tout d’abord, quel que soit l’avocat que vous prenez, si vous le coupez en morceaux et que vous le laissez à peine une semaine « aux frais » il peut rapidement s’avarier et devenir marron. Cela s’explique par le fait que si l’un est bourré de lipides, l’autre, loin de se limiter aux cordons de ses bourses, est souvent bourré de liquide. Je ne parle bien sûr pas de ceux qui défendent la veuve et l’orphelin…ceux-là souvent ont bien du mal à joindre les deux bouts ; ils gagnent péniblement leur pitance en se coltinant telle cliente violée tour à tour par ses 17 cousins, son grand-père et son hamster, et qu’on a amputée d’un bras suite à une chute de 38 étages dans l’escalier de l’HLM d’où elle vient de se faire expulser pour prostitution. Avocats, à vos cas ! Ces affaires ne sont pas celles des ténors du business, qui se sucrent allègrement à chaque deal en gonflant leurs honoraires exorbitants et dont le pouvoir n’a d’égal que leur égo parfois surdimensionné (rappelons-nous que c’est ainsi que l’avocat fait son gras). Malheureusement, pour la plupart, même s’il n’est pas bon de mettre toutes les huiles dans le même panier, nombre de ceux qui passent associés de leur cabinet deviennent parfaitement incomestibles : ils vocifèrent, légifèrent, et finissent létifères : le légal rend létal à force de trop l’étaler, et je ne parle pas de guacamole. Mais laissons les plaidoirires à ceux que le ridicule ne tue pas…

Certains, plus ou moins arrivés à maturation, ont fait ou font actuellement partie de l’état, à la tête d’une véritable avocratie. Si la France offre un exemple particulier puisque, sur ses vingt-trois présidents de la République à ce jour, on dénombre onze inscrits au Barreau*, il faut croire que leur culture est juteuse puisque les Etats-Unis comptent 70% des avocats dans le monde. D’autres personnalités bien connues du gouvernement actuel français ont exercé ou exercent toujours, notamment Corinne Lepage, Christine Lagarde, Dominique de Villepin, Ségolène Royal ou Marine Le Pen. Il ne faut pas chercher loin pour trouver la raison d’une telle pléthore : à force d’engrais et d’arrosages excessifs, l’avocat pousse comme le chiendent ! Ensuite, qu’y a-t-il de plus tentant que de faire son droit pour ensuite en oublier tous les travers une fois au gouvernement ? Les travers du droit…étrange expression qui s’illustre à coups de passe-droits, d’emplois fictifs, d’escroqueries et de dissimulation…


Nonobstant tout jugement sans appel, peut-on faire le procès verbal d’un individu selon sa profession ? Même si celle-ci n’a pas bonne presse, assurément non. La robe ou la perruque ne font pas plus la femme que l’homme lorsqu’il s’agit de prêter serment devant la Loi. Une cause est une cause, et si je ne plaide pas particulièrement celle des avocaillons et autres bonimenteurs de barre, j’avoue toute honte bue que je m’en délecte en mousse ou en tartare. Comme on dit dans le jargon populaire, y’en a des pourris, y en a des bons.

*Jules Grévy, Adolphe Thiers, Vincent Auriol, René Coty, Gaston Doumergue, Armand Fallières, Emile Loubet, Alexandre Millerand, François Mitterand, Raymond Poincaré, Nicolas Sarkozy.

vendredi 28 mars 2008

Chats touillés !

Des poètes ta langue aura lapé plus d’un quatrain
Ils se sont fait l’idée d’un lynx sibyllin,
D’où vient que tes mystères ainsi nous apostrophent ?
Ta pupille se dilate en signe de cat à strophes


Tu perces en un clin tous les trous de souris
Fatal sphinx, le vent tourne pour tous les poux aussi !
Tic-tac, tu cogites, mets au point ta tactique,
Et la sentence tombe en brise cat abat tique


Fabuleux chasseur, ta part du lion est sacrée
Butin qu’aussi à moi tu montres, en gras minet :
« Echangerait croquettes contre rats qui trépassent »,
Et tu te fais payer en bon cat au blé passe !

Do ré mi-aou ! Facétieux voyageur qui,
Laissant bêtises et larcins sur son passage
Aussitôt grondé garde un silence sage,
Semblant dire « c’est pas moi » : là, cat atone nie !


D’un mouvement de ta queue coiffée d’indifférence,
Parfois tu fais comprendre au maître ton impatience
Tu retrousses tes griffes d’un geste élégant
Pour séduire en velours tu fais le cat aux gants

Dans toutes ces chattitudes, je te préfère au lit,
Lorsque le soir venu, après mon dur labeur
J’ai un livre à la main, l’autre à la câlinerie,
Ton ronron me fait l’effet d’un cat à liseur.

(***un peu de vocabulaire, ça ne fait pas de mal ! ainsi, j’ai appris et vous apprends peut-être que catabatique qualifie un vent descendant, que le catoblépas est un animal mythologique et que la catatonie est un syndrome psychique et moteur entraînant négativisme, passivité et raideur chez le malade).

mercredi 19 mars 2008

DIALOGUE IMAGINAIRE A L'ANPE

* * *

"- Vos noms, âge, profession ?
- Je suis personne, atemporel et inactif.
- Inactif, ça je sais, pour le reste, on va essayer d'y remédier.
- Ne me faites pas rire, le rire c'est le propre de l'homme et je ne suis ni propre ni homme.
- Vous êtes quoi alors, un sale animal ? Où habitez-vous ?
- A Plurien.
- Ah, ba c'est déjà quelque chose !
- Vraiment, vous trouvez que c'est quelque chose d'habiter à Plurien ? Vous êtes un comique, vous !
- Pfft. Bon et sinon, où êtes-vous né ?
- Je suis néant.
- Oui...en quoi ?
- Nulle part. C'est un endroit qui n'existe pas, je ne peux donc pas le nommer.
- Mais au moins, vous avez bien un prénom, un nom ?
- Manuel.
- Qu'aimez-vous dans la vie, Manuel ?
- Quiconque ni aucun.
- Vous voulez-dire que vous aimez tout le monde mais personne en particulier ? Vous n'êtes même pas amoureux ?
- Non, je suis à mourir. Enfin, je m'ennuie à mourir pour être plus exact.
- Certes, mais pourquoi êtes-vous venu à l'ANPE si vous ne savez pas quoi faire ? Encore un qui profite du système...
- Pas du tout, calmez votre dentier je vous prie. Je n'ai pas besoin de fouler les sentiers de la gloire, je suis juste entier en plus d'être rentier. J'ai été griffé par un ennui mortel et si je ne trouve pas l'antidote rapidement, je vais mourir. N'est-ce pas l'Agence Nationale Pour l'Ennui ici ? Je suis prêt à travailler gratis pourvu que je puisse faire quelque chose de mes cinq doigts, et accessoirement guérir, mais quoi ?
- OK, alors nonobstant votre prénom, vous êtes plutôt manuel ou pédestre ?
- Je suis ambidestre.
- Moi j'aurais dit ambigu ! Mais au fait, vous avez dit...cinq doigts ?
- Oui, j'ai perdu une main.
- Et bien dans ce cas, je ne peux rien pour vous, revenez demain.
- Mais comment-voulez vous que je revienne avec deux mains, ça repousse pas du jour au lendemain, c'est lent deux mains !
- Arrêtez, je n'ai pas dit...euh, ben revenez depied.
- Ouh là ! ça fait une sacrée trotte à pied, je vous rappelle que j'habite dans un trou à dix bornes d'ici, alors excusez-moi de préférer le bus !
- Je ne vous ai pas demandé...
- Ecoutez, moi je ne vous demande rien d'autre que de me trouver un job, un antidote quoi, c'est votre boulot non ? Quand même, il doit bien y avoir des trucs pour les estropiés ?
- Bon alors faut savoir, c'est le pied ou c'est la main que vous avez plus ? Parce que ça change tout vous savez !
- Disons que je suis estromain, vous comprenez ou faut vous faire un dessin ? Tiens, vous avez un papier ?
- Pas pied ? Mais si j'ai pied, c'est vous qui êtes en train de couler à force de faire des pieds et des mains, franchement...vous me demandez de vous trouver un anti-dot alors que vous êtes rentier, vous dites que vous êtes entier alors qu'il vous manque une main, et en plus vous vous appelez Manuel, faut quand même pas se foutre de ma gueule !
- Me voilà plongé dans les griffes et méandres ubuesques de l'ANPE, c'est d'un commun...
- Commun de velours, copié de biche, cobras de fer, cocu de poule, copine d'huître, ça en fait des membres, dites...
- Très drôle. Au risque d'empirer votre rage dedans, permettez-moi de revenir vous voir demain à pied, et sans papiers. Entre vous et moi, nous verrons qui est le plus manchot des deux, et vous pourrez toujours m'épier...
- Pas question ! Vous me les avez déjà assez cassé...mes pieds !"

Citation d'une interview de Larcenet parue dans le Metro n° 1342 d'hier : "Le vrai ennemi, c'est l'ennui."

* * *

J'ai pris ce cliché au cimetière du Montparnasse, le ciel était à l'orage. Quant au reste, n'étant hélas pas polyglotte, je me suis simplement amusée avec un traducteur automatique...je ne garantis donc pas l'exactitude de la traduction.

mercredi 12 mars 2008

M et vous...les uns les autres
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Le long du chemin que prend le bus 81, j'ai trouvé qu'il était frappant de voir à quel point foisonnaient les enseignes avec un nom commençant par la lettre M. Mephisto, Maeva, Moa, Melia, Monoprix, Mascaro, Minelli, Maty, Mango, Monte Paschi, Midas, MacDonald's, Marionnaud, Méga-lots !
Dans la symbolique des lettres, on dit que M est associée à l'amour. De là on peut partir d'une hypothèse qui se tient : les publicitaires en ont sûrement conclu que "Marketing" pouvait aussi rimer avec ce sentiment qui pousse à la consommation. J'M, donc je Mange. La face cachée du M, son ombre même, son reflet, son envers, c'est le W, symbole du travail. Logique : sans travail, pas d'argent et sans argent, pas Moyen, no Money. Le M couché sur la gauche est également un symbole mathématique désignant la somme : eh oui, lorsqu'on con-somme trop, ça finit par chiffrer...et si l'on va encore plus loin, le symbole couché à droite y ressemble étrangement.
Parmi tout ce micmac saurez-vous reconnaître le M de la / des marques, célébrités, évènements ou noms, correspondant à ces indices ?

***
M comme...

Malbouffe
Motilité - Manettes
Multivitaminé - Marchandises
Movie - Mobiles - Mmmm ! - Magnétique
Montagne - Média - Musique - Mathieu - Marche
Mélodies - Metal - Miasmes - Models - Marseille - Motel

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Et M comme Merci ! Merci à vous pour vos messages - 32 ans aujourd'hui, chaque année je m'enfonce dans la décrépitude avec délectation :/ Merci surtout à Tat qui m'a dédié un superbe billet comme cadeau d'anniversaire :)

mercredi 5 mars 2008

LE CHENE ET LE ROSEAU
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2 rue des Trois Bornes - Paris 11
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J'observais un couple dans un restaurant dont le nom m'amusait car il s'appelait "Aux tables de la Fontaine" : il était construit devant une fontaine en plus d'être doté d'un personnel affable, ce qui à Paris tenait du miracle. Entre les deux êtres, un silence pesant s'était attablé, qui semblait attendre le menu. Elle était pareille à un roseau : sa silhouette longiligne était pliée mais son regard ne rompait pas. Lui, c'était le chêne, droit comme un "i" et campant sur sa position : inconfortable, puisqu'une simple parole de sa compagne avait paru le décontenancer. Sur les lèvres du roseau, je lus un verdict : "Ecoute, il faut savoir perdre", dit-elle. "Affronte la vérité. Ce n'est pas qu'un nuage qui passe tu sais, un nuage qui voilerait nos cent ciels alors que nous avions l'essentiel. Ce nuage, c'est notre âge nu, à toi et moi". "Arrête", lui dit-il. Il la regarda droit dans les yeux avec un visage dur, tout en lui tenant les mains aux lunules claires, que j'imaginais froides. Etait-ce lui le volcan ? Etait-ce elle l'étincelle ? Qui avait déclenché la crise et pourquoi ? Un dit vide humain...individus, mains.

Tout semblait les opposer. Je la sentais baroque, à l'aise dans un fouillis de vieux bouquins qui sentent la cave, parsemant sa chevelure coiffée en chignon d'épingles en filigrane. Lui affichait résolument sa modernité. Ses yeux étaient deux vitres en verre fumé qui contemplaient avec tristesse une rosace trop compliquée. Son édifice à elle, entre ridules et fissures, semblait sur le point de s'écrouler avec ses ferroneries rouillées à la peinture écaillée, tandis que les huisseries d'acier de l'homme qui broyait ses mains brillaient d'un éclat métallique et glacé. Je vis ses mains devenir bleues. "Arrête !" , fit-elle . Elle retenait péniblement ses larmes en aspirant de grandes goulées d'air. Il rétorqua : "Si tu craques tes os aussi. A quoi te serviront tes mains de toute façon, elles sont à jamais sales. Je n'aurai aucun scrupule ni aucun mal à les briser, comme tu m'as brisé. Tu es si frêle..." Ce disant, il entreprit de lui broyer les poignets. "Tu as bien sujet d'accuser ma nature. La violence m'est moins qu'à toi redoutable, et me fracturer tout entière en guise de rupture n'ajoutera rien de plus à ma douleur. Calme-toi." Le roseau-rosace s'était exprimée avec une telle douceur, et avec un tel accent d'amour - cela crevait les yeux qu'elle adorait ce chêne-acier, et qu'elle lui avait causé beaucoup de mal - que sa voix me fit l'effet d'un zéphyr. J'eus un long frisson lorsqu'il lui répondit : "Tu as jusqu'ici contre mes coups épouvantables résisté sans courber le dos ; mais attendons la fin".

C'était comme si je vivais la souffrance qui se lisait dans ses pupilles à lui, j'avais mal pour ces deux êtres si différents, et de manière complètement irrationnelle. Il ne semblaient pas me voir, pourtant je les fixais avec une intensité quasi palpable, tellement palpable que j'aurais pu ressentir l'étau des mains du chêne-acier sur mon propre corps assis et scié. Puis, elle prononça un mot, un seul, que je n'entendis pas. Un tout petit bris de glace sur ses lèvres sèches. A ce mot, je vis le chêne se redresser lentement, jeter quelques pièces sur la table et partir. Le roseau resta là, prostrée, ses yeux vitrail morts, au bord d'un étang de larmes coulant sous elle. Mon coeur se recroquevilla dans sa cage. Bouleversée, je crevais d'envie de savoir quel mot avait provoqué le choc, ou quel mutisme avait tout rompu. Un élan de compassion me soufflait : "Vas-y, va la consoler, parle-lui et tu sauras tout". Décence des sens..S'y lancer ou garder le silence ? La retenue me poussa à me retrancher derrière le paravent de la réserve et de laisser le roseau se rompre. Après ce petit incident tout à la fois banal et intense, je m'en suis voulue pendant des jours. Mais j'ignorais si ma déception tenait davantage au fait que je n'avais pas osé m'immiscer dans la vie privée d'un être éploré pour lui apporter mon réconfort, ou au fait que je ne connaîtrai jamais le mot secret du roseau qui avait scié le chêne. Et vous, qu'auriez vous fait ?