FRUIT DEFENDEUR
L’étymologie du mot avocat n’a jamais manqué de susciter une certaine curiosité chez moi, curiosité d’autant plus exacerbée par le fait d’en côtoyer et d’en consommer depuis un certain nombre d’années. Mon premier vient du latin advocatus, ad, à, et vocatus, appelé : littéralement « celui qui est appelé au secours ». Mon second provient de l’espagnol aguacate à son tour tiré du mot nahuatl ahuacatl, « testicule », en comparaison avec les formes du fruit et de l’organe. Ces homonymes parfaits acceptent donc deux étymologies radicalement différentes.
Pourtant, quelques analogies entre le fruit défendu dans les régimes et le « fruit défendeur » peuvent être mises en évidence. Tout d’abord, quel que soit l’avocat que vous prenez, si vous le coupez en morceaux et que vous le laissez à peine une semaine « aux frais » il peut rapidement s’avarier et devenir marron. Cela s’explique par le fait que si l’un est bourré de lipides, l’autre, loin de se limiter aux cordons de ses bourses, est souvent bourré de liquide. Je ne parle bien sûr pas de ceux qui défendent la veuve et l’orphelin…ceux-là souvent ont bien du mal à joindre les deux bouts ; ils gagnent péniblement leur pitance en se coltinant telle cliente violée tour à tour par ses 17 cousins, son grand-père et son hamster, et qu’on a amputée d’un bras suite à une chute de 38 étages dans l’escalier de l’HLM d’où elle vient de se faire expulser pour prostitution. Avocats, à vos cas ! Ces affaires ne sont pas celles des ténors du business, qui se sucrent allègrement à chaque deal en gonflant leurs honoraires exorbitants et dont le pouvoir n’a d’égal que leur égo parfois surdimensionné (rappelons-nous que c’est ainsi que l’avocat fait son gras). Malheureusement, pour la plupart, même s’il n’est pas bon de mettre toutes les huiles dans le même panier, nombre de ceux qui passent associés de leur cabinet deviennent parfaitement incomestibles : ils vocifèrent, légifèrent, et finissent létifères : le légal rend létal à force de trop l’étaler, et je ne parle pas de guacamole. Mais laissons les plaidoirires à ceux que le ridicule ne tue pas…
Certains, plus ou moins arrivés à maturation, ont fait ou font actuellement partie de l’état, à la tête d’une véritable avocratie. Si la France offre un exemple particulier puisque, sur ses vingt-trois présidents de la République à ce jour, on dénombre onze inscrits au Barreau*, il faut croire que leur culture est juteuse puisque les Etats-Unis comptent 70% des avocats dans le monde. D’autres personnalités bien connues du gouvernement actuel français ont exercé ou exercent toujours, notamment Corinne Lepage, Christine Lagarde, Dominique de Villepin, Ségolène Royal ou Marine Le Pen. Il ne faut pas chercher loin pour trouver la raison d’une telle pléthore : à force d’engrais et d’arrosages excessifs, l’avocat pousse comme le chiendent ! Ensuite, qu’y a-t-il de plus tentant que de faire son droit pour ensuite en oublier tous les travers une fois au gouvernement ? Les travers du droit…étrange expression qui s’illustre à coups de passe-droits, d’emplois fictifs, d’escroqueries et de dissimulation…
Nonobstant tout jugement sans appel, peut-on faire le procès verbal d’un individu selon sa profession ? Même si celle-ci n’a pas bonne presse, assurément non. La robe ou la perruque ne font pas plus la femme que l’homme lorsqu’il s’agit de prêter serment devant la Loi. Une cause est une cause, et si je ne plaide pas particulièrement celle des avocaillons et autres bonimenteurs de barre, j’avoue toute honte bue que je m’en délecte en mousse ou en tartare. Comme on dit dans le jargon populaire, y’en a des pourris, y en a des bons.
*Jules Grévy, Adolphe Thiers, Vincent Auriol, René Coty, Gaston Doumergue, Armand Fallières, Emile Loubet, Alexandre Millerand, François Mitterand, Raymond Poincaré, Nicolas Sarkozy.

