- Piètres oiseaux pris au piège de l’amour
- Ils se font des arpèges d’une portée infinie
- Gageons qu’une page tournée au gré de ces tours
- Ecrive leurs battements d’ailes en notes étourdies
- On le voit la chercher mais elle fuit cette cour
- Ne pigeant rien aux signes, ignorant tout ; et lui,
- Seul sur sa ligne brisée : envolée sans retour…
mercredi 25 avril 2007
dimanche 25 mars 2007
Mars, moi du dieu de la guerre, mois du mâle. Moi, déambulant dans le froid, glacée par le vent et les faces grêles rencontrées au détour des carrefours, je te cherchais. Mais mon espoir était mitigé...je te cherchais sans vouloir vraiment te démasquer. J'aimais cette tranquillité, en somme rien moins qu'une étude de sol en solitude lors de laquelle le marcheur ne sait pas où il met les pieds mais, au moindre pas pris dans un sens perpendiculaire via le virage des rues, s'attend toujours à un changement de décor grâce au changement des corps. J'étais heureuse, les yeux grand ouverts et la bouche souriante, de pouvoir me dire que j'étais vivante, que j'avais la chance de posséder toutes mes facultés pour faire fonctionner mes sens en alerte, aux aguets dans cette recherche perpétuelle de l'inconnu et du déjà vu, de l'immuable et de l'éphémère.
J'allais de paradoxe en parade inédite pour être hors de moi-même, et n'osais croiser mon propre regard dans le reflet des nombreux miroirs de la ville, comme si j'avais peur d'être suivie, comme si je m'échappais. Parfois j'allais bon train, certaine de ne rien voir qui ne m'intéressât, et parfois mon pas devenait plus lent avec un tempo de métronome, mes talons scandant la cité métropole. Je regardais alors les hommes et les femmes de la ville, des humains urbains qui, comme moi, erraient à l'affût de je ne sais qui ou de je ne sais quoi...Rue de la Tour d'Auvergne : j'y tournai sans vergogne. Et là, je vis ton visage, bizarrement fiché pour l'éternité sur un mur près d'une fenêtre. Qui étais-tu ? Qui t'avait emmuré là ? Tu dormais ou tu refusais d'ouvrir les yeux, mais l'expression de tes traits sereins m'apaisa un moment et je suis restée longtemps la tête levée à t'observer. Masque d'une quête perdue, masque du mâle statue : ton visage, véritable aberration dans un monde oublié au plus profond de mon être, resta longtemps gravé dans ma mémoire, et je n'eus de cesse de retailler à l'infini cette surprenante figure pétrifiée, vouée à l'érosion, au fil de mes rêves éveillés.
jeudi 15 mars 2007
Roulant au gré des rues qui charment mon oeil bleu,
Je vois une cariatide en pose funéraire
Puis une autre alanguie dans un rai lumineux :
Lasse des vains espoirs et des bruits de la terre
Heureuse d'oublier, l'une a fermé les yeux....
A son premier matin, sans effroi du mystère,
L'autre aspire à la vie en souriant au cieux !
Le quatrain ci-dessus est gravé dans la pierre
Il surplombe le grand seuil qui trône tout au milieu,
Arrêtant le passant comme une juste prière
Lui rappelant ainsi l'éphémère en ces lieux :
Car passer c'est mourir, et sourire c'est un peu
Oublier que la mort ne fait pas de manière...
lundi 12 mars 2007
[à truc tronqué, tronc truqué
Je suis un arbre qui attend l'ultime coupe : anis, verse, sers !
Les années passent tissent...autant que mes feuilles qui s'enfuient
La sève coule à flot dans mes ongles d'écorce : ah ! nid vert, serres
Je griffonne mes feuilles en pages, langue de bois et graphite à l'appui
De mes doigts effilés on fait de beaux crayons : âmes y versèrent...
De vous à bois, je suis fier que ma matière s'évapore en écrits
Mes aïeux, ces vieux tomes, s'essoufflent, ahanent, hivers serrent
Lorsqu'au théâtre de leurs Racines le vent les effeuille - postérité bénie
Une femme soupire dans leurs pages cent fois manipulées, Annie verse air
C'est une belle mort que de mourir ainsi, en bouts de mots transis
Comme un livre déchiré, ce papier que l'on tanne : il verse, s'aère
Papier pas pillé, j'ai un an-neau de plus : juste 31 ans aujourd'hui.
samedi 3 mars 2007
Un peu d'histoire
Corps de félin, pattes griffues, tête de lion ou d’aigle, ailes de chauve-souris ou d'oiseau, queue de lézard, peau écaillée, ailé ou aptère...par son caractère hybride et fantastique, le dragon est un véritable patchwork du monde animalier. C’est la raison pour laquelle dans l’art, on en trouve quasiment jamais un pareil…Je me propose de vous présenter le butin ramassé lors de mes déambulations parisiennes ; il en existe sûrement plein d’autres et il serait impossible de les recenser tous en une fois…certains sont bien connus de nos amis photographes parisiens en lien ici, d’autres ont été moins évidents à dénicher…
Construit par l’architecte Alphonse Cusin et inauguré en 1862, le splendide monument du théâtre de la Gaîté Lyrique, situé au cœur de la capitale dans le 3ème, est actuellement en cours de réfection. La mairie de Paris prévoit d'y ouvrir en 2010 notamment une médiathèque dédiée aux arts numériques, une salle de spectacles et des studios d’enregistrement.
fronton et détail décoration murale de la pagode rue de Courcelles
Si tout monument d'inspiration asiatique comporte son lot de dragons, l’art religieux en est également très friand, que ce soit sous forme de gargouilles ou de chimères…on en voit sur presque toutes les églises de Paris. Ci-dessous est réprésenté l’un des saints sauroctones (pourfendeurs de dragons : St-Michel ou St-Georges sont ls plus connus) transperçant la gueule de l’animal. Ce sont deux symboliques opposées qui soulignent l'ambivalence de la créature : tantôt vénérée, tantôt incarnation du mal qu'il faut terrasser...ou figure effrayante censée décourager le petit malin au pas de la porte, telle une personnification de la vigilance. Sainte-Marguerite d'Antioche, une vierge martyre du IVème siècle, était très révérée dans le quartier de l'actuelle rue du Dragon, dont le nom fut donné à une cour du même nom aujourd'hui disparue. La légende dit que Marguerite fut avalée par un monstre et qu'elle en transperça miraculeusement le ventre pour en sortir. C'est pourquoi on la représente généralement "hissant du dragon", comme ci-dessus.
Fontaine du square Notre-Dame détail de la porte principale
d'une montre pour mieux apercevoir le dragon en ferronnerie
Bas-relief "Saint Georges terrasant le dragon", par l'artiste catalan Apel. es Fenosa (1977) : rue Sainte-Croix
de la Bretonnerie dans le marais, juste au-dessus de l'entrée du Centre d'Etudes Catalanes;
encore un symbole de "vigie-lance"
Celui-ci, rue du dragon, a hélas été effacé mais il vaut le coup d’œil : une oeuvre de Jérôme Mesnager ...et un autre du même, mais où ? Je n'ai pas eu la chance d'assister à l'exposition "Dragons, entre science et fiction" qui s'est terminée fin novembre 2006. A cette occasion, la station de M° Saint-Michel avait fait l'objet d'installations artistiques, et la Gare de Lyon avait accueilli un autre dragon, suspendu, de éco-emballages. Ci-dessous également une ancienne gravure montrant la Cour du Dragon détruite aujourd'hui. Seule l'oeuvre de Paul-Ambroise Slodtz (vers 1730, voir plus haut) subsiste.
Et pour finir, un petit tour dans le 13ème arrondissement, quartier asiatique de Paris par excellence, le jour du défilé du Nouvel An le 25/02/2007.
samedi 24 février 2007
Le langage ayant une forte connotation émotive, il peut également se présenter dans les rêves sous forme de message codé. Il m’est arrivé de raconter un jour à une amie que j’avais rêvé d’un chien qui « tirait sur sa laisse ». Je n’avais pas fait tout de suite le rapprochement cocasse qu’elle a alors décrypté pour moi : à l’époque je travaillais avec quelqu'un qui portait le patronyme de « Sallès ». En fait mon inconscient me suggérait de « tirer sur Sallès ! ». Etrange non ? En tout cas j’ignore si mon propre maniement du langage révèle une névrose obsessionnelle chez moi (sûrement !) mais qu’est-ce que je m’âme-use! Et pour le prouver, voici un poème en langage volatil et quelques photos prises le week-end dernier à Belleville (Place Fréhel)...où l'on s'aperçoit que la poésie a droit de cité ou droit de citation le temps d'un mur-mur...et que les mots n'ont pas fini de faire parler d'eux !
Tu l'avais athée, saint des pots à fromage : un tas
De mots roses tatoués à son brie, doux points rougis
Deux moroses tas : tout est assombri d'où point roux gît
Tétins dissipant d'or en jets, mettant dans la tombola
Têtes, indices y pendent orangés, m'étendant là tombe, ola !
Décor noir, si race en blanc, des boutons violets pars
Des corps noircis, rassemblant des bouts : ton viol épars
Sans haine décrue, mais dis au creux : t'étais seule à savoir
Cent aines d'écru médiocre tétaient, se lassent à voir
Mes jaunisses et ces violets, ô laids ! qui tant portèrent
Mais j'honnissais ces vies olé olé qui t'emportèrent,
Grisant des chrysanthèmes, mandée vers des terres
Grises en des crises en thèmes en des verres d'éther
Caniveau et gale, de cette détresse c'est cool la vendetta, morbleu !
Qu'à niveau égal deux sets de tresses s'écoulent, la vendaient ta mort bleue...
dimanche 18 février 2007
Serrements d’os et ossements d’épaule : un couple de squelettes enlacé vieux de près de 6.000 ans a été découvert le 6 février dernier en Italie du Nord dans une sépulture néolithique lors de travaux dans une zone industrielle. Ils seront exposés tels quels au musée archéologique de Mantoue, mais leur posture inhabituelle a grandement intrigué les scientifiques. Pour Elena Menotti, chargée des recherches, c'est "le témoignage d'un grand sentiment d'amour qui a traversé le temps. Car quelle que soit la raison pour laquelle ils ont été mis en terre dans les bras l'un de l'autre, c'est qu'il y avait un sentiment entre eux". Ce cliché de crânes embrassés m’a rappelé un de mes vieux dessins d’adolescente, le voici à côté.
Et à propos d’étreinte : deux personnes qui s’embrassent…a priori on peut supposer qu’elles s’entendent bien...
* * *
Ninon avait de Louis comme tout premier souvenir celui d’une longueur d’onde. Dans le métro, la jeune femme rêvassait. Louis, assis en face d’elle, tenait un gigantesque bouquet d'iris dont le plastique transparent crissait au gré des allées et venues des usagers qui se mouvaient, sortant, entrant, entrant, sortant. Ninon voyait le wagon se vider petit à petit, reflet désolant de sa propre vie de célibataire. Elle imaginait bien qu’à la Saint-Valentin, un homme qui rentrait le soir avec un bouquet était un homme attendu, choyé, aimé, et elle en avait ressenti un léger pincement au cœur. Mais ce jour-là, Louis avait décidé d’acheter des fleurs pour une femme qu’il ne connaissait pas encore. Pris d’un espoir fou de rencontrer par hasard celle à qui il voudrait les offrir, il avait erré tout le jour pour la chercher, en vain. Et puis il l’avait vue, et lui avait donné ses iris, qu’elle avait acceptés, chose qu’ils n’auraient jamais osé imaginer…ni Louis, Ninon.
Je crois que Ninon aimait Louis, mais quelque chose l’empêchait de lui dire « j’ois » ; en fait de lui exprimer sa joie de vive voix. Elle n’entendait rien à son propre mutisme amoureux. Jouir de Louis et donc de l’ouïe aurait été comme ouvrir une écoutille sur un sentiment sonore qui l’honorait, elle le savait…Mais, lors d’un cors à cors de concert ni les mots ni les cris ne passaient ses lèvres et, sexe aphone, elle percevait le murmure déçu de son amant, plus strident à ses oreilles qu’un luth intérieur frotté avec un archet de silex. Une corde sans cible se cassait et l’instrument de son désir exhalait un vague soupir de vieux tronc, bonheur qui se vide petit à petit de son son. Pourquoi ne pouvait-elle pas se faire à cette maxime, bien que platonique : «j’ouis, donc je jouis ?» Pourquoi au contraire se sentait-elle harpe au nez, sans pouvoir être autre chose que cette muse que le stupre élude ? Triste musique de chambre à air comprimé, et pourtant ! Ses seins faux niquent…
POST – SCROTUM : Voir sur ce thème l’excellent sketch Ouï-dire de Raymond Devos.
dimanche 11 février 2007
Brillent vers toi pour t'éclairer comme une star.
Magistral, ton regard : un strict trac me prend...c'est ton mystère.
Mister mixeur : que le désir est cruel quand il nous broie de stress !
A quoi penses-tu ? mon thème astral, victime de ton art scénique
Prévoit ton stratagème cadastral au goût d’arsenic
Qui s’entasse en strates pour construire ma détresse
Monster moqueur, de tes zones sinistrées je suis la maîtresse !
Un mistral souffle sur mes rêves qui saignent en stries,
Mon astragale cassé s'affole et m'estropie,
Blessé de te courir après mon corps s’affaisse,
Master mateur : vois comme je souffre à ta demande expresse !
Tu m'as jetée dans un grand broyeur à papillons :
Désastre à la passoire ; des asters de passion
Fleurissent en étoiles sur mon sein que tu blâmes
Meneur menteur…mais je t’oublierai pour un nouvel astre, âme gramme !
dimanche 4 février 2007
LES ABSINTHES ONT TOUJOURS TORT...
Au diable vos vers !
- Volée de doigts vers un éternel d’argile
- D'une main légère j'écris ces vers d'éther
- Pour te dire que je me sens comme eux, fragile
- Et nue, tirant tous ces vers du néant, d'un verre
- De fée verte : cette absinthe* elle vaut tes vers,
- Et je m'y noie comme dans un vers doux
- Thés verts je les bois au travers d'un verrou
- Un vers où ? Tu ne me l'as jamais ouvert...
- En enfer j’ai égaré mon soulier de vair
- Trop tard pour toi ô mon maître aux vers
- Ta verve ce n'était pas la vérité : ces versets
- Sévères....C'est vers tes vers que je versais
- Mes larmes de verre, pour toi les torrents de l'amer
- Pour toi la rage, pour toi l'amour, pour toi la mer !
- Tes vers m'ont bouffée, emportant mon hiver
- Mon nid vert en sapin m'emporte aux cimes : t'y erres...
* en anglais, le mot « absinthe » se traduit par « wormwood » : autrement dit « bois à vers ». Nombre de poètes pour écrire leurs plus belles pièces on fait appel aux effets pervers de celle qu’on appelait aussi « la fée verte ». Et ils en ont bu des verres ! Le langage n’a pas fini de nous surprendre.
