mercredi 25 avril 2007

PIGEONS
Un mois de désertion sur ce blog, déménagement oblige et connexion Internet difficile, je reviens vous conter l’histoire de ces deux volatiles aperçus du haut de mon nouveau logis, en vis-à-vis. Je les ai observés un bon moment, et je me suis amusée de la cour effrénée de ce pauvre mâle tentant d’approcher la farouche dame oiselle, laquelle battait en retraite à mesure qu’il battait l’air de ses ailes conquérantes…

  • Piètres oiseaux pris au piège de l’amour
  • Ils se font des arpèges d’une portée infinie
  • Gageons qu’une page tournée au gré de ces tours
  • Ecrive leurs battements d’ailes en notes étourdies
  • On le voit la chercher mais elle fuit cette cour
  • Ne pigeant rien aux signes, ignorant tout ; et lui,
  • Seul sur sa ligne brisée : envolée sans retour…

dimanche 25 mars 2007


Mars, moi du dieu de la guerre, mois du mâle. Moi, déambulant dans le froid, glacée par le vent et les faces grêles rencontrées au détour des carrefours, je te cherchais. Mais mon espoir était mitigé...je te cherchais sans vouloir vraiment te démasquer. J'aimais cette tranquillité, en somme rien moins qu'une étude de sol en solitude lors de laquelle le marcheur ne sait pas où il met les pieds mais, au moindre pas pris dans un sens perpendiculaire via le virage des rues, s'attend toujours à un changement de décor grâce au changement des corps. J'étais heureuse, les yeux grand ouverts et la bouche souriante, de pouvoir me dire que j'étais vivante, que j'avais la chance de posséder toutes mes facultés pour faire fonctionner mes sens en alerte, aux aguets dans cette recherche perpétuelle de l'inconnu et du déjà vu, de l'immuable et de l'éphémère.

J'allais de paradoxe en parade inédite pour être hors de moi-même, et n'osais croiser mon propre regard dans le reflet des nombreux miroirs de la ville, comme si j'avais peur d'être suivie, comme si je m'échappais. Parfois j'allais bon train, certaine de ne rien voir qui ne m'intéressât, et parfois mon pas devenait plus lent avec un tempo de métronome, mes talons scandant la cité métropole. Je regardais alors les hommes et les femmes de la ville, des humains urbains qui, comme moi, erraient à l'affût de je ne sais qui ou de je ne sais quoi...Rue de la Tour d'Auvergne : j'y tournai sans vergogne. Et là, je vis ton visage, bizarrement fiché pour l'éternité sur un mur près d'une fenêtre. Qui étais-tu ? Qui t'avait emmuré là ? Tu dormais ou tu refusais d'ouvrir les yeux, mais l'expression de tes traits sereins m'apaisa un moment et je suis restée longtemps la tête levée à t'observer. Masque d'une quête perdue, masque du mâle statue : ton visage, véritable aberration dans un monde oublié au plus profond de mon être, resta longtemps gravé dans ma mémoire, et je n'eus de cesse de retailler à l'infini cette surprenante figure pétrifiée, vouée à l'érosion, au fil de mes rêves éveillés.

jeudi 15 mars 2007

SONNET A LA PORTE AVANT D'ENTRER !

Dimanche dernier nous a gratifié d'un beau soleil. Je manquais d'exercice physique, et je décidai donc d'enfourcher mon fidèle...pédalier. Un peu d'huile dans le dérailleur et dans les genoux, et me voilà partie. Direction : les beaux quartiers. J'entends par "beaux quartiers" ces zones qui en imposent avec leurs immeubles haussmaniens délicatement sculptés et leurs cariatides spectaculaires, avatars de la bourgeoisie parisienne d'antan. Il y a un côté suranné dans ces étalages tantôt baroques-rococo, tantôt néo-gothiques. D'autres témoignages de l'époque napoléonienne nous plongent dans une faune bariolée peuplée de sphinges, de chimères et de drôles d'oiseaux. Je ne me doutais pas qu'au détour d'une rue débouchant sur l'avenue d'Iena, je découvrirais que l'architecture pouvait parfois se muer en "architexture"...le maître d'oeuvre (si c'est bien lui l'auteur - hélas j'ai oublé de relever son nom) a fait graver au-dessus d'une grande porte un quatrain d'alexandrins illustrant parfaitement la position de deux romantiques cariatides.



Cet architexte semble s'annoncer comme une épitaphe censée prévenir ceux qui passent le seuil comme on passerait le deuil : un rappel de notre condition de mortel. N'écoutant que mon coeur de joueuse oulipienne, j'y ai vu un exercice tout trouvé ! Il ne me restait plus qu'une chose à faire : répondre à l'appel, et sonnet à la porte...

Campée sur mon char à deux roues, la tête en l'air,
Roulant au gré des rues qui charment mon oeil bleu,
Je vois une cariatide en pose funéraire
Puis une autre alanguie dans un rai lumineux :

Lasse des vains espoirs et des bruits de la terre
Heureuse d'oublier, l'une a fermé les yeux....
A son premier matin, sans effroi du mystère,
L'autre aspire à la vie en souriant au cieux !

Le quatrain ci-dessus est gravé dans la pierre
Il surplombe le grand seuil qui trône tout au milieu,
Arrêtant le passant comme une juste prière

Lui rappelant ainsi l'éphémère en ces lieux :
Car passer c'est mourir, et sourire c'est un peu
Oublier que la mort ne fait pas de manière...


lundi 12 mars 2007

A-N-N-I-V-E-R-S-A-I-R-E


[à truc tronqué, tronc truqué
à trac troqué, troc traqué]

Je suis un arbre qui attend l'ultime coupe : anis, verse, sers !
Les années passent tissent...autant que mes feuilles qui s'enfuient

La sève coule à flot dans mes ongles d'écorce : ah ! nid vert, serres
Je griffonne mes feuilles en pages, langue de bois et graphite à l'appui

De mes doigts effilés on fait de beaux crayons : âmes y versèrent...
De vous à bois, je suis fier que ma matière s'évapore en écrits

Mes aïeux, ces vieux tomes, s'essoufflent,
ahanent, hivers serrent
Lorsqu'au théâtre de leurs Racines le vent les effeuille - postérité bénie

Une femme soupire dans leurs pages cent fois manipulées,
Annie verse air
C'est une belle mort que de mourir ainsi, en bouts de mots transis

Comme un livre déchiré, ce papier que l'on tanne : il verse, s'aère
Papier pas pillé, j'ai un an-neau de plus : juste 31 ans aujourd'hui.

samedi 3 mars 2007

DRAGONS DE PARIS
Un peu d'histoire

Corps de félin, pattes griffues, tête de lion ou d’aigle, ailes de chauve-souris ou d'oiseau, queue de lézard, peau écaillée, ailé ou aptère...par son caractère hybride et fantastique, le dragon est un véritable patchwork du monde animalier. C’est la raison pour laquelle dans l’art, on en trouve quasiment jamais un pareil…Je me propose de vous présenter le butin ramassé lors de mes déambulations parisiennes ; il en existe sûrement plein d’autres et il serait impossible de les recenser tous en une fois…certains sont bien connus de nos amis photographes parisiens en lien ici, d’autres ont été moins évidents à dénicher…

Cliquez pour voir en plus grand !


Tête du défilé du Nouvel An chinois du 18/02/2007 Toboggan de la Villette par Bernard Tschumi (93-94 ?)

Pour bien commencer la tournée, lorsqu’on chasse l’animal il faut bien évidemment se rendre…rue du Dragon (6ème) ! Cette rue a beau être minuscule, elle en regorge.

Haut de porte rue de Rennes, gros plans rue du Dragon et M° St-Paul dans le marais

Fenêtres et balcons : rue du Dragon; Théâtre de la Gaîté Lyrique;
M° Saint-Paul; rue Saint-Louis en l'Ile

Construit par l’architecte Alphonse Cusin et inauguré en 1862, le splendide monument du théâtre de la Gaîté Lyrique, situé au cœur de la capitale dans le 3ème, est actuellement en cours de réfection. La mairie de Paris prévoit d'y ouvrir en 2010 notamment une médiathèque dédiée aux arts numériques, une salle de spectacles et des studios d’enregistrement.

Sculpture Eco-emballage par Gilles Pennaneac’h au Jardin des Plantes et
restaurant Dragons Elysées rue de Berri dans le 8ème (détail)

De part et d'autre de la Fontaine Saint-Michel, deux chimères en bronze sculptées par Gabriel Davioud vers 1860

La pagode rouge est le siège de Ching Tsai Loo et Cie, le plus ancien antiquaire chinois de Paris. Ce monument, située près du parc Monceau à l'angle de la rue de Courcelles et de la rue Rembrandt (8ème) fut construit entre 1926 et 1928 avec la collaboration d'un architecte français, Fernand Bloch. La Pagode, cinéma d'art et d'essai rue de Babylone dans le 7ème, fut construite par l'architecte Alexandre Marcel en 1895.

La Pagode, cinéma (7ème) : dragon en bronze, dragons en bois sculpté ;
fronton et détail décoration murale de la pagode rue de Courcelles

Si tout monument d'inspiration asiatique comporte son lot de dragons, l’art religieux en est également très friand, que ce soit sous forme de gargouilles ou de chimères…on en voit sur presque toutes les églises de Paris. Ci-dessous est réprésenté l’un des saints sauroctones (pourfendeurs de dragons : St-Michel ou St-Georges sont ls plus connus) transperçant la gueule de l’animal. Ce sont deux symboliques opposées qui soulignent l'ambivalence de la créature : tantôt vénérée, tantôt incarnation du mal qu'il faut terrasser...ou figure effrayante censée décourager le petit malin au pas de la porte, telle une personnification de la vigilance. Sainte-Marguerite d'Antioche, une vierge martyre du IVème siècle, était très révérée dans le quartier de l'actuelle rue du Dragon, dont le nom fut donné à une cour du même nom aujourd'hui disparue. La légende dit que Marguerite fut avalée par un monstre et qu'elle en transperça miraculeusement le ventre pour en sortir. C'est pourquoi on la représente généralement "hissant du dragon", comme ci-dessus.

Fontaine du square Notre-Dame détail de la porte principale

Picard Surgelés, ou le feu qui couve sous la glace ;-) il faut pivoter de 90° dans le sens des aiguilles
d'une montre pour mieux apercevoir le dragon en ferronnerie

Automate du quartier de l'Horloge (3ème) : "Le défenseur du temps", par Jacques Monestier (1979)
Bas-relief "Saint Georges terrasant le dragon", par l'artiste catalan Apel. es Fenosa (1977) : rue Sainte-Croix
de la Bretonnerie dans le marais, juste au-dessus de l'entrée du Centre d'Etudes Catalanes;
encore un symbole de "vigie-lance"

Disparus...

Celui-ci, rue du dragon, a hélas été effacé mais il vaut le coup d’œil : une oeuvre de
Jérôme Mesnager ...et un autre du même, mais où ? Je n'ai pas eu la chance d'assister à l'exposition "Dragons, entre science et fiction" qui s'est terminée fin novembre 2006. A cette occasion, la station de M° Saint-Michel avait fait l'objet d'installations artistiques, et la Gare de Lyon avait accueilli un autre dragon, suspendu, de éco-emballages. Ci-dessous également une ancienne gravure montrant la Cour du Dragon détruite aujourd'hui. Seule l'oeuvre de Paul-Ambroise Slodtz (vers 1730, voir plus haut) subsiste.



Et pour finir, un petit tour dans le 13ème arrondissement, quartier asiatique de Paris par excellence, le jour du défilé du Nouvel An le 25/02/2007.

Une enseigne avenue de Choisy, et le MacDo avenue d'Ivry

Dragons brodés, dragon argenté avenue de Choisy

Peinture sur le mur de Notre-Dame de Chine

Mais pour vous régaler les mirettes, je vous suggère de visiter les photoblogs de David le Savoisien, ou ceux de Francis (Paris-émoi), Henri (Only Photos) et Tatiana (Tat a l'oeil), croisés au défilé...


A SUIVRE...

samedi 24 février 2007

Le code se crée ou la langue des oiseaux


La langue dite « des oiseaux » est la langue utilisée par les alchimistes. Faite de jeux de mots basés sur l’assonance et l’homophonie, c’est une langue evanescente et éthérée, parce qu’elle relève de l'« essence ciel ». Pourtant, ce code prétendu initiatique fait partie intégrante de notre vie, et ce depuis l’épisode de Babel et la confusion des langues : ainsi babble en anglais, ou babiller en français, ne sont autres que des préfigurations de notre camouflage labial universel (unis vers sel, où le sel serait l’esprit), où les mots peuvent en cacher d’autres...! Ainsi, dans littérature, n’y a-t-il pas lis tes ratures ?; dans argotique, art gothique ?, dans librairie , lis braie ris ? C’est donc un langage à la fois fractionnel et symbolique, dont quiconque peut faire l’expérience dans son quotidien. Cette pluralité du langage a d’ailleurs fait dire aux psychanalystes comme Freud ou Lacan qu’elle n’était ni plus ni moins qu’une expression de notre inconscient, ce qui pouvait notamment expliquer nos lapsus ou nos actes manqués.

Le langage ayant une forte connotation émotive, il peut également se présenter dans les rêves sous forme de message codé. Il m’est arrivé de raconter un jour à une amie que j’avais rêvé d’un chien qui « tirait sur sa laisse ». Je n’avais pas fait tout de suite le rapprochement cocasse qu’elle a alors décrypté pour moi : à l’époque je travaillais avec quelqu'un qui portait le patronyme de « Sallès ». En fait mon inconscient me suggérait de « tirer sur Sallès ! ». Etrange non ? En tout cas j’ignore si mon propre maniement du langage révèle une névrose obsessionnelle chez moi (sûrement !) mais qu’est-ce que je m’âme-use! Et pour le prouver, voici un poème en langage volatil et quelques photos prises le week-end dernier à Belleville (Place Fréhel)...où l'on s'aperçoit que la poésie a droit de cité ou droit de citation le temps d'un mur-mur...et que les mots n'ont pas fini de faire parler d'eux !

***
COOL HEURES

Tu lavais à tes seins un dépôt afro magenta
Tu l'avais athée, saint des pots à fromage : un tas

De mots roses tatoués à son brie, doux points rougis
Deux moroses tas : tout est assombri d'où point roux gît

Tétins dissipant d'or en jets, mettant dans la tombola
Têtes, indices y pendent orangés, m'étendant là tombe, ola !

Décor noir, si race en blanc, des boutons violets pars
Des corps noircis, rassemblant des bouts : ton viol épars

Sans haine décrue, mais dis au creux : t'étais seule à savoir
Cent aines d'écru médiocre tétaient, se lassent à voir

Mes jaunisses et ces violets, ô laids ! qui tant portèrent
Mais j'honnissais ces vies olé olé qui t'emportèrent,

Grisant des chrysanthèmes, mandée vers des terres
Grises en des crises en thèmes en des verres d'éther

Caniveau et gale, de cette détresse c'est cool la vendetta, morbleu !
Qu'à niveau égal deux sets de tresses s'écoulent, la vendaient ta mort bleue...


dimanche 18 février 2007

IV. Ni L'ouïe Ninon



Serrements d’os et ossements d’épaule : un couple de squelettes enlacé vieux de près de 6.000 ans a été découvert le 6 février dernier en Italie du Nord dans une sépulture néolithique lors de travaux dans une zone industrielle. Ils seront exposés tels quels au musée archéologique de Mantoue, mais leur posture inhabituelle a grandement intrigué les scientifiques. Pour Elena Menotti, chargée des recherches, c'est "le témoignage d'un grand sentiment d'amour qui a traversé le temps. Car quelle que soit la raison pour laquelle ils ont été mis en terre dans les bras l'un de l'autre, c'est qu'il y avait un sentiment entre eux". Ce cliché de crânes embrassés m’a rappelé un de mes vieux dessins d’adolescente, le voici à côté.

Et à propos d’étreinte : deux personnes qui s’embrassent…a priori on peut supposer qu’elles s’entendent bien...

* * *

Ninon avait de Louis comme tout premier souvenir celui d’une longueur d’onde. Dans le métro, la jeune femme rêvassait. Louis, assis en face d’elle, tenait un gigantesque bouquet d'iris dont le plastique transparent crissait au gré des allées et venues des usagers qui se mouvaient, sortant, entrant, entrant, sortant. Ninon voyait le wagon se vider petit à petit, reflet désolant de sa propre vie de célibataire. Elle imaginait bien qu’à la Saint-Valentin, un homme qui rentrait le soir avec un bouquet était un homme attendu, choyé, aimé, et elle en avait ressenti un léger pincement au cœur. Mais ce jour-là, Louis avait décidé d’acheter des fleurs pour une femme qu’il ne connaissait pas encore. Pris d’un espoir fou de rencontrer par hasard celle à qui il voudrait les offrir, il avait erré tout le jour pour la chercher, en vain. Et puis il l’avait vue, et lui avait donné ses iris, qu’elle avait acceptés, chose qu’ils n’auraient jamais osé imaginer…ni Louis, Ninon.

Je crois que Ninon aimait Louis, mais quelque chose l’empêchait de lui dire « j’ois » ; en fait de lui exprimer sa joie de vive voix. Elle n’entendait rien à son propre mutisme amoureux. Jouir de Louis et donc de l’ouïe aurait été comme ouvrir une écoutille sur un sentiment sonore qui l’honorait, elle le savait…Mais, lors d’un cors à cors de concert ni les mots ni les cris ne passaient ses lèvres et, sexe aphone, elle percevait le murmure déçu de son amant, plus strident à ses oreilles qu’un luth intérieur frotté avec un archet de silex. Une corde sans cible se cassait et l’instrument de son désir exhalait un vague soupir de vieux tronc, bonheur qui se vide petit à petit de son son. Pourquoi ne pouvait-elle pas se faire à cette maxime, bien que platonique : «j’ouis, donc je jouis ?» Pourquoi au contraire se sentait-elle harpe au nez, sans pouvoir être autre chose que cette muse que le stupre élude ? Triste musique de chambre à air comprimé, et pourtant ! Ses seins faux niquent…

Au moindre élan qu’elle sentait monter elle, elle secouait ses cheveux pour cacher son visage rougi d’orgue-asthme et bafouillait audits tifs tandis que Louis la fouillait bas. D’une main grave il écartait le rideau capillaire mais très vite se raidissait en contrée basse au vu de ses larmes. Elle se disait, en son for intérieur « Ah ! donnez-moi des cymbales, donnez m’en des si belles ! » que n’aurait-elle donné pour qu’il l’esgourde moins gourde. Etait-elle donc condamnée à rater toutes ses auditions ? Elle aurait voulu l’assourdir d’un chœur d’or en « chut ! » libres aux confins d’un à corps majeur en « oui ! » mais pas enfouis ! Elle se lamentait : « ô pudeur, cette arme honnie ! Elle muselle ma musique…et quant à Louis, ses mimiques m’usent…Car d’un silencieux cil anxieux, Louis s’y lance malheureux ». Elle aurait voulu prononcer d’un ton ferme : «chavire moi, chéri !», mais l’idée même de prononcer ces mots inouïs, trop crus pour elle la crispait. Ninon n’y était pas pour Louis et ne répondait qu’à son propre non. Et puis un jour en pleine partie de viol de gambe en l'air elle se mit à chanter une sarabande, chose qu’ils n’auraient jamais osé imaginer…ni Louis, Ninon.

POST – SCROTUM : Voir sur ce thème l’excellent sketch Ouï-dire de Raymond Devos.

dimanche 11 février 2007

AUTOPORTRAIT EN STRINGS ROUGES


Magie astrale : mes yeux tracés de noir et de strass
Brillent vers toi pour t'éclairer comme une star.
Magistral, ton regard : un strict trac me prend...c'est ton mystère.

Mister mixeur : que le désir est cruel quand il nous broie de stress !

A quoi penses-tu ? mon thème astral, victime de ton art scénique
Prévoit ton stratagème cadastral au goût d’arsenic
Qui s’entasse en strates pour construire ma détresse

Monster moqueur, de tes zones sinistrées je suis la maîtresse !

Un mistral souffle sur mes rêves qui saignent en stries,
Mon astragale cassé s'affole et m'estropie,
Blessé de te courir après mon corps s’affaisse,

Master mateur : vois comme je souffre à ta demande expresse !

Tu m'as jetée dans un grand broyeur à papillons :
Désastre à la passoire ; des asters de passion
Fleurissent en étoiles sur mon sein que tu blâmes

Meneur menteur…mais je t’oublierai pour un nouvel astre, âme gramme !

dimanche 4 février 2007

LES ABSINTHES ONT TOUJOURS TORT...


C'est avec beaucoup de retard que je viens souhaiter à notre écrivaine préférée un joyeux anniversaire. Et qui dit anniversaire dit commémoration; qui dit commémoration dit : timbre ! Alors voici ma modeste contribution aux nombreux talents qui se sont fendus de leurs plus belles créations pour l'occasion. Il est rare que la Poste m'inspire autre chose que de l'énervement, mais là...je suis tombée sur ce coeur de Givenchy
et le mien n'a fait qu'un bond : je tenais ma dédicace ! Et en plus, la transition avec mon poème était facilité par la nature même de l'absinthe...qui rend timbré ! D'un coeur de coquelicot au delirium tremens de ce célèbre spiritueux...il n'y a qu'un verre, et je le lève à la santé de notre plus belle plante-fée : Lunaba !

Au diable vos vers !

  • Volée de doigts vers un éternel d’argile
  • D'une main légère j'écris ces vers d'éther
  • Pour te dire que je me sens comme eux, fragile
  • Et nue, tirant tous ces vers du néant, d'un verre
  • De fée verte : cette absinthe* elle vaut tes vers,
  • Et je m'y noie comme dans un vers doux
  • Thés verts je les bois au travers d'un verrou
  • Un vers où ? Tu ne me l'as jamais ouvert...
  • En enfer j’ai égaré mon soulier de vair
  • Trop tard pour toi ô mon maître aux vers
  • Ta verve ce n'était pas la vérité : ces versets
  • Sévères....C'est vers tes vers que je versais
  • Mes larmes de verre, pour toi les torrents de l'amer
  • Pour toi la rage, pour toi l'amour, pour toi la mer !
  • Tes vers m'ont bouffée, emportant mon hiver
  • Mon nid vert en sapin m'emporte aux cimes : t'y erres...

* en anglais, le mot « absinthe » se traduit par « wormwood » : autrement dit « bois à vers ». Nombre de poètes pour écrire leurs plus belles pièces on fait appel aux effets pervers de celle qu’on appelait aussi « la fée verte ». Et ils en ont bu des verres ! Le langage n’a pas fini de nous surprendre.